Les bonnes nouvelles, d’abord. Quand bien même y aurait-il eu, lundi, des fraudes dans ces élections pakistanaises, ce scrutin législatif a été assez régulier pour que les deux grands partis d’opposition puissent littéralement balayer les partisans du Président en place, Pervez Musharraf, général qui trustait le pouvoir depuis son coup d’Etat d’octobre 1999. C’est d’autant plus notable que cette victoire de la démocratie procède de deux autres raretés dans le monde musulman – une révolte, premièrement, de la société civile qui s’était mise en mouvement, au printemps dernier, sous l’impulsion du corps judicaire, avocats et magistrats, et une formidable pression, en second lieu, des Etats-Unis qui ont préféré, là, les urnes à une dictature, pourtant amie. Rien de tout cela n’aurait été possible sans les classes moyennes, la presse et les hommes de loi pakistanais dont la détermination et l’attachement à l’état de droit ont convaincu l’Amérique qu’il valait mieux prendre le risque d’élections libres que laisser ce pays plonger dans un chaos que Pervez Musharraf ne maîtrisait plus - pris qu’il était entre l’aspiration démocratique et les attentats islamistes. Troisième bonne nouvelle, enfin, ces attentats ont délégitimé les partis islamistes qui ont maintenant perdu la quasi-totalité des 50 sièges qu’ils avaient remportés aux législatives de 2002. La mauvaise nouvelle, maintenant, est qu’il ne suffit pas à la démocratie d’avoir remporté une manche. Pour s’imposer vraiment, il lui faut, désormais, faire ses preuves, prouver qu’elle est moins inapte que la dictature à relever les défis pakistanais et la tâche s’annonce rude. Premier problème, les deux formations gagnantes, le PPP, le Parti du peuple pakistanais de la dynastie Bhutto, et la Ligue musulmane de l’ancien Premier ministre Nawaz Sharif, ne ressortent pas seulement plus de clans que de vrais partis. Condamnés à gouverner ensemble, ces éternels rivaux sont, aussi, divisés par de lourds contentieux historiques qui ne s’éteindront pas aisément. L’harmonie sera difficile à trouver et, plus inquiétant encore, le PPP, orphelin de Benazir Bhutto assassinée en décembre dernier, n’a pas de dirigeant naturel. Il y a l’époux, le veuf de la leader charismatique, mais il n’est qu’un pièce rapportée, réputée corrompue. Il y a le fils qui aurait du reprendre le flambeau de sa mère comme elle avait repris celui de son propre père, pendu par les militaires, mais cet étudiant des universités britanniques est vraiment trop jeune. Il y a encore les sages du parti, vieux conseillers de la famille mais mal connus du grand public et tout cela promet de grands tiraillements. Avec ou sans Musharraf, l’armée n’est qu’en réserve, tout prête à reprendre le gouvernail et, si les urnes ont désavoué les islamistes, ils n’en restent pas moins extrêmement forts, de leurs militants, de leurs armées et des écoles religieuses, les madrassa. Aux frontières de l’Afghanistan où les taliban redressent la tête et mettent l’Otan en échec, c’est une épreuve de vérité, non pas injouable mais incertaine, qui s’ouvre au Pakistan.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.