Ce sont des chiffres fascinants et qui en disent long sur ce qu’est la profonde intelligence politique des peuples. Alors même qu’en échange du soutien financier de l’Europe, le Conseil européen impose entre autres aux Grecs une réduction de 22% de leur salaire minimum et même de 32% pour les plus jeunes, une baisse du montant des retraites, une réduction du nombre des fonctionnaires, la fin des primes d’ancienneté et une drastique diminution des dépenses publiques, alors même que les dirigeants européens les mettent au pain sec, les privent avant longtemps de toute possibilité de rebond économique et les condamnent à une absurde austérité qui va accroître et non pas résorber leurs déséquilibres budgétaires, les quatre cinquièmes des Grecs repoussent toute idée de sortie de l’Union européenne. Selon un sondage publié hier, seuls 19,6% d’entre eux souhaitent sortir de l’euro et en revenir à la drachme tandis que 75,9%, des Grecs, une écrasante majorité de la population, se disent en faveur du maintien de la « perspective européenne » de leur pays. Malgré la violence des coups qu’elle leur assène, les Grecs demeurent massivement partisans de leur appartenance à l’Union et il y a quatre bonnes raisons à cela. La première est que, sortant de l’Union, la Grèce aurait soit à se déclarer en faillite soit à rembourser avec une devise faible une dette souscrite en euros forts et que ses difficultés, dans un cas comme dans l’autre, n’en seraient que décuplées. Ce serait un pur et simple suicide, un acte de désespoir aveugle auquel les Grecs ont la sagesse de se refuser et la deuxième raison pour laquelle ils ne veulent pas envisage de quitter l’Union est, quelle que soit la brutalité et l’inefficacité de la potion qu’elle leur impose, elle ne leur en offre pas moins, pour peu qu'elle la confirme aujourd'hui, une solidarité impressionnante faite de prêts massifs et d’effacement d’une grande partie de leurs dettes dues aux banques. Aussi détestables que soient ses prescriptions, l’Union ne laisse pas tomber la Grèce qui serait dans une situation bien plus effroyable encore sans cette solidarité et la troisième raison pour laquelle les Grecs ne veulent pas en sortir est qu’ils savent que ce n’est pas elle mais leurs propres dirigeants qui ont créé cette crise. Ce n’est pas de leur adoption de la monnaie unique que les Grecs souffrent mais de la manière dont leurs dirigeants ont si longtemps utilisé le parapluie monétaire européen pour laisser filer leurs dettes, maquiller leurs comptes, ne pas faire le moindre effort de réduction ou même de stabilisation de leurs déficits et faire marcher, en un mot, la planche à billets commune. Quant à la quatrième raison pour laquelle ce pays ne veut pas rompre avec l’Europe, elle est que les politiques dont une majorité des dirigeants européens peut décider un jour ne sont pas à confondre avec l’Union elle-même. Ces politiques peuvent être jugées aberrantes et le sont en l’occurrence mais l’Union, son marché commun, ses aides structurelles et la force qu’elle donne à chacun de ses membres sont indispensables à la Grèce qui, sans elle, n’aurait pas grand-chose pour se battre seule et sans vrais moyens dans un monde de géants industriels.

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