Ce n’est pas cela qui réconciliera les Européens et l’Europe. Ce n’est, pas cela qui fera régresser un euroscepticisme en croissance exponentielle mais est-ce à dire, pour autant, qu’il ne s’est rien passé lors de ce conseil des ministres franco-allemand réuni hier, à Paris, en pleine crise ukrainienne ?Non. Il s’y est passé beaucoup de choses, importantes, encourageantes, car la France et l’Allemagne y ont tout simplement entrepris de remettre en marche la construction européenne en profitant d’un contexte triplement favorable à cette relance. La nouvelle coalition allemande maintenant mise en place après les élections de septembre dernier, les deux pays ont quelques trois ans pour travailler ensemble avec les mêmes responsables dans les deux capitales. Le tournant économique amorcé par François Hollande le rapproche de Berlin comme l’introduction d’un salaire minimum en Allemagne la rapproche de Paris. Les élections européennes du mois de mai annoncent la désignation de nouveaux responsables dans toutes les institutions européennes. C’est, autrement dit, un nouveau temps politique qui s’ouvre dont la chancelière et le président ont décidé de se saisir pour remodeler l’agenda européen en prêchant par l’exemple. Premier point, Paris et Berlin vont s’atteler à une convergence de leurs fiscalités, notamment de leurs impôts sur les sociétés, afin de les harmoniser d’ici 2020. Leurs ministres des Finances ont été chargés du dossier. La tâche est ardue mais n’a rien d’impossible et si Français et Allemands y parviennent, ils seront en position de force pour appeler l’ensemble des Européens à faire cesser le dumping fiscal intra-européen qui est la plus scandaleuse et la plus pernicieuse des anomalies dans le fonctionnement de l’Union. Paris et Berlin ont parallèlement appelé l’ensemble de leurs partenaires européens à mettre en place un salaire minimum correspondant, naturellement, à l’échelle de leurs revenus et, deuxième point, les deux pays vont faire plancher leurs institutions concernées, banques et instituts de recherche, sur l’organisation de convergences en matière de transition énergétique débouchant sur des projets industriels communs. France et Allemagne vont développer leur coopération fiscale, sociale, énergétique et industrielle, notamment dans le numérique. Elles s’engagent, dans le même temps, à réduire « d’au moins 40% » leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Elles vont déployer la Brigade franco-allemande au Mali et marquer par là leur volonté de donner une nouvelle impulsion à l’Europe de la Défense. Elles affichent, enfin, une volonté commune de donner corps à l’Union bancaire et la Taxe sur les transactions financières avant les élections européennes. Il y aura, forcément, des retards. Tout n’est pas aussi ambitieux qu’on aurait pu l’espérer mais de très nombreux chantiers se sont ouverts hier et le plus important est qu’ils s’inscrivant dans une volonté commune de faire de la zone euro un ensemble intégré qui deviendrait le cœur et la tête de l’Union. Bien tard et trop lentement, Paris et Berlin réveillent l’Europe en en reprenant les rênes et, non, ce n’est pas rien.

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