Le nouveau rôle international de la france

Ce que la France grommelait depuis deux ans, son ministre de la Défense vient de le dire haut et fort. Devant ses pairs de l’Union européenne réunis, hier, à Riga, Jean-Yves Le Drian a appelé à communautariser le coût financier des efforts militaires français en Afrique et au Proche-Orient en faisant valoir qu’il n’y avait plus aujourd’hui de véritable distinction entre sécurités intérieure et extérieure et que la charge de la sécurité européenne devrait donc être équitablement répartie.

« J’en appelle à la solidarité », a-t-il lancé aux 27 autres ministres de l’Union et cette déclaration qui ne les a pour l’instant pas incités à se ruer sur leur carnet de chèques dit mieux que tout la place nouvelle que la France a aujourd’hui prise sur la scène internationale.

Depuis que l’aventure irakienne et le fiasco afghan ont refroidi l’enthousiasme des Etats-Unis pour les interventions extérieures, la France se voit en garant de la stabilité internationale et aux avant-postes de la lutte contre le terrorisme jihadiste. C’est pour cela qu’elle est intervenue au Mali et en Centrafrique, qu’elle organise et appuie tant la mobilisation des armées africaines contre Boko Haram et qu’elle avait vainement appelé à sanctionner militairement l’emploi d’armes chimiques par le régime syrien avant que l’Etat islamique, comme c’était si prévisible, ne tire avantage de l’inaction des Démocraties et ne devienne la redoutable menace qu’il est aujourd’hui.

Alors que la Grande-Bretagne, seule autre puissance militaire de l’Union, s’est mise aux abonnés absents après s’être brûlé les ailes en Irak aux côtés de Georges Bush, la France déploie ses armées de Bagdad à Bangui. Elle a rarement si ce n’est jamais été aussi active sur la scène militaire internationale et c’est également pour cela qu’elle est désormais tant appréciée de l’Arabie saoudite, des Emirats, du Qatar et de l’Egypte, pays sunnites qui voient d’un très mauvais œil la tentation américaine d’essayer de s’appuyer sur l’Iran, pays chiite, pour mieux combattre l’Etat islamique et restaurer une stabilité au Proche-Orient.

Beaucoup plus sourcilleuse que la Maison-Blanche sur la question du nucléaire iranien, la France tend à devenir ainsi un substitut des Etats-Unis pour les régimes sunnites qui lui ouvrent en conséquence leurs marchés militaires et civils comme la vente de Rafale à l’Egypte vient de le montrer. C’est tout bénéfice pour son commerce extérieur, pour sa présence dans ces pays et pour ses armées aussi qui ne pourraient pas autant compter sur une industrie française d’armements si les exportations n’en assuraient pas l’équilibre financier. Le poids et l’influence de la France en sont rehaussés d’autant mais ce rôle qu’elle joue contre l’Etats islamique et très loin de l’Iran pèse lourdement sur ses Finances, contrats ou pas. Le budget de la Défense peine à suivre et c’est pour cette raison que la France a maintenant entrepris de presser le reste de l’Union de mettre la main à la poche. Ce n’est pas fait mais pas forcément désespéré car l’Ukraine et les chaos africains et proche-orientaux commencent à faire réfléchir l’Europe à sa sécurité.

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