La fissure du camp occidental

Entre les deux rives de l’Atlantique, le malaise n’est pas levé. Les Européens et l’équipe Trump ont été en contacts étroits toute la semaine dernière, lors de la traditionnelle Conférence de Munich sur la sécurité et des réunions des ministres de la Défense de l’Otan et des ministres des Affaires étrangères du G20.

Entre les séances plénières et les discussions bilatérales, les Américains se sont beaucoup employés à rassurer leurs alliés sur l’Otan, la Russie et la Syrie. Contrairement à Donald Trump qui avait qualifié l’Otan « d’obsolète », ils leur ont dit que l’engagement américain dans l’organisation militaire de l’Alliance atlantique était « inébranlable ». Ils les ont assuré qu’ils n’avaient pas du tout l’intention de chercher à s’entendre avec Moscou par-dessus leurs têtes et se sont d’ailleurs montrés fermes sur l’Ukraine en demandant à la Russie de respecter les accords de Minsk. Les Américains se sont enfin dits attachés à un règlement de la crise syrienne dans le cadre de l’Onu et ont ainsi exclu de s’accommoder de négociations exclusivement conduites par la Russie.

Il n’y avait rien là de négligeable mais les Européens ne sont pour autant pas sortis rassurés de ces réunions.

La personnalité de Donald Trump continue à les inquiéter et même toujours plus.Il n’y a pas une capitale européenne, quelle que soit la couleur politique des dirigeants en place, qui ne reste au moins perplexe devant les tweets, le comportement et les déclarations à l’emporte-pièce du nouveau président. Comme beaucoup d’Américains, d’ailleurs, et comme la planète entière, les Européens ne s’habituent pas à devoir compter avec un homme aussi imprévisible mais là n’est pas l’essentiel.

A leurs yeux, le premier problème est qu’ils ne savent pas de quel poids pèsent leurs interlocuteurs de la semaine dernière. Le vice-président, le secrétaire d’Etat et le secrétaire à la Défense ont fait entendre la musique connue de responsables républicains plutôt classiques mais est-ce bien eux qui ont l’oreille de Donald Trump ou les conseillers dont il s’est entouré à la Maison-Blanche et qui demeurent eux, sur l’Otan, la Russie et la Syrie, parfaitement fidèles à la tonalité de sa campagne ?

Ce n’est pas clair et le deuxième problème est que même ces hommes, l’aile prévisible de la nouvelle administration, n’ont rien fait pour tempérer l’hostilité que Donald Trump avait marquée à l’égard de l’unité européenne. Aucun d’entre eux n’a eu le moindre mot de soutien pour l’Union. Ils n’en ont simplement pas parlé. C’est mieux que s’ils s’étaient à leur tour félicité du « merveilleux Brexit » mais leur silence signifie soit que toute cette administration voit dans l’Union une rivale à affaiblir soit qu’ils n’ont pas de marge de manœuvre sur ce point car il est trop fondamental pour leur patron.

Quant à la troisième préoccupation des Européens, elle est russe car, malgré les réassurances qu’ils ont obtenues, ils ne savent toujours pas ce que Donald Trump voudrait tenter de dealer avec Vladimir Poutine – dealer puisque c’est son mot pour parler d’un échange d’on ne sait pas quoi contre quoi.

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