Après dix-huit mois de travaux, une commission parlementaire britannique publie un rapport accablant pour le réseau social et préconise la régulation pour « changer le rapport de force ». Une leçon pour toute l’Europe.

Le logo de Facebook.
Le logo de Facebook. © AFP / Lionel BONAVENTURE / AFP

« Gangsters du numérique » : c’est ainsi qu’un rapport parlementaire britannique parle du réseau social Facebook. L’expression est brutale, inhabituelle dans un tel contexte, mais la commission parlementaire, présidée par un Conservateur, est sans ambiguïtés, je cite : « les entreprises comme Facebook ne devraient pas être autorisées à se comporter comme des gangsters du numérique ».

C’est la conclusion d’un énorme travail de dix-huit mois réalisé à la suite du scandale Cambridge Analytica au Royaume Uni ; c’est cette entreprise liée à l’extrême droite américaine et à Steve Bannon, un temps collaborateur de Donald Trump, qui a utilisé des dizaines de millions de données personnelles de Facebook pour envoyer des publicités politiques ciblées.

L’enquête a également porté sur des soupçons de désinformation russe profitant du laxisme de Facebook dans la protection des données personnelles.

Le rapport est accablant, car il estime que Facebook a agi « en toute connaissance de cause et intentionnellement ». Il montre que la direction de Facebook, sans doute jusqu’au niveau de Mark Zuckerberg, son PDG, était informé des problèmes et n’a pas réagi à ces failles éthiques.

Le rapport fait notamment état d’un incident en 2014 au cours duquel des entités identifiées en provenance de Russie ont pu récupérer jusqu’à 3 milliards d’informations sur le système Facebook, et juge que la réponse de l’entreprise n’a pas été satisfaisante.

Il évoque un problème de gouvernance majeure dans le plus grand réseau social mondial, utilisé, ne l’oublions pas, par plus de deux milliards d’individus sur terre. 

Ca lui donne une responsabilité particulière puisqu’il est devenu, pour le plus grand nombre, la porte d’entrée principale dans l’univers de l’information à l’échelle mondiale, là où les médias traditionnels étaient autrefois le point de passage obligé pour s’informer.

Les élus britanniques ont des phrases fortes pour estimer que l’ère de l’autorégulation doit prendre fin, et qu’il faut établir un nouveau rapport de force entre les réseaux sociaux et les individus. 

Ils préconisent, pour le Royaume-Uni, la création d’une autorité indépendante de régulation des réseaux sociaux, habilitée à faire retirer des contenus litigieux, imposer la transparence, sous peine de fortes amendes.

Tout ceci mérite débat, et pas seulement au Royaume Uni. Ce rapport devrait être lu partout en Europe, car chacun avance aujourd’hui sa réponse. L’Allemagne a voté une loi inapplicable ; la France en a adoptée une autre qui n’a pas encore été testée, et tente la méthode douce avec Facebook qui promet une totale coopération. Entre le laisser-faire devenu impossible, et le risque de censure, il y a une voie étroite à trouver.

Mais c’est clairement au niveau européen que le problème doit être posé pour changer le rapport de forces ; ce n’est pas le moindre paradoxe induit par ce rapport présenté à la veille du Brexit !

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