Le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo a effectué une tournée en Afrique, continent ignoré par Donald Trump, pour mettre en garde les États africains contre l’influence de la Chine.

Mike Pompéo à Dakar, le 16 février 2020, sous le regard de Mame Aminata Diambo, fondatrice du « Startup Sunday », un événements d’entrepreneurs du numérique.
Mike Pompéo à Dakar, le 16 février 2020, sous le regard de Mame Aminata Diambo, fondatrice du « Startup Sunday », un événements d’entrepreneurs du numérique. © AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / POOL / AFP

L’administration Trump découvre le continent africain. Pendant trois ans, l’Afrique n’est quasiment pas apparu sur l’écran radar de cette administration, si ce n’est par une remarque du Président des États-Unis en 2018, qualifiant les pays africains de « shithole », que l’on pourrait traduire par « trou du cul du monde »… Les Africains n’avaient pas apprécié, et Donald Trump avait envoyé sa femme Melania sur le continent pour réparer les dégâts ; mais il n’y a pas mis les pieds lui-même depuis son élection.

Mike Pompeo, le Secrétaire d’État, est donc la principale personnalité de cette administration à consacrer plusieurs jours à visiter trois pays de ce vaste continent : le Sénégal francophone à l’Ouest, l’Angola lusophone au Sud, et l’Éthiopie du récent prix Nobel de la paix, Abyi Ahmed, qui abrite aussi le siège de l’Union africaine. 

Pas d’initiative diplomatique, pas de plan d’investissements ou de coopération, mais une tournée très politique.

La raison de l’intérêt américain pour l’Afrique tient en un nom : la Chine. Avant d’entamer sa tournée, Mike Pompeo participait à la Conférence sur la Sécurité de Munich, et avait martelé que la Chine était une menace qu’il fallait bloquer par tous les moyens. Le continent africain s’inscrit donc dans la suite logique de cette offensive.

Mike Pompéo met en garde les Africains contre le type de relations que leur propose la Chine, le piège de la dette, des entreprises qui viennent avec leur main d’œuvre, une servitude à une puissance quasi-impériale.

Mais ce discours vient bien tard : ça fait deux décennies que la Chine cultive sa relation avec le continent, avec des investissements massifs. En Éthiopie, Mike Pompeo a pu voir l’aéroport international et les voies ferrées construites par la Chine, et même le siège de l’Union africaine a été financé et bâti par Pékin pour 200 millions de dollars. Quant à Huawei, l’équipementier telecom chinois devenu la bête noire de Washington, il équipe la plupart des pays du continent.

Les États-Unis n’ont toutefois pas tout à fait perdu d’avance cette bataille d’influence, car les pays africains ont compris qu’ils n’avaient pas intérêt à se retrouver en tête à tête avec la seule Chine. Ainsi, l’Éthiopie est l’un des grands partenaires de Pékin en Afrique, mais diversifie ses relations, notamment avec la France.

Mais le piège pour les États-Unis serait de pousser les États africains à rejeter la Chine qui, malgré les critiques, peut présenter un bilan enviable. D’autant que tout le monde fait aujourd’hui la cour à une Afrique possiblement émergente, l’Inde, le Japon, Israël ou la Russie, et la France qui tente de retrouver son influence.

De plus, les Américains n’ont pas les moyens de leurs ambitions : ni économiques avec des montants qui n’arrivent pas à la cheville de ceux de la Chine ; ni militaires avec la récente annonce du désengagement américain partiel du Sahel. Et les États-Unis ont récemment choqué en interdisant l’entrée à tous les ressortissants du pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigéria !

Si, comme au temps de la guerre froide, les États-Unis forçaient l’Afrique à choisir son camp, ils ne seraient pas certains d’en sortir vainqueurs.

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.