La Résistance et l’épopée de la France libre avaient sauvé l’honneur de la France mais en 1963, quand de Gaulle et Adenauer scellèrent la réconciliation franco-allemande, c’est deux pays vaincus qui s’alliaient, la France vaincue par l’Allemagne et l’Allemagne vaincue par les Alliés, la France humiliée par la collaboration, l’Allemagne déshonorée par le nazisme. Il y a quarante ans, c’est deux grands pays meurtris, abaissés, qui avaient non seulement décidé de ne plus jamais se perdre dans la guerre mais aussi d’unir leurs forces pour s’épauler et renaître. Il y avait de l’émotion dans cette réconciliation mais aussi, disons-le, beaucoup de réalisme. L’Allemagne avait besoin de la France pour se laver de ses péchés ; la France de l’Allemagne pour parler au nom de l’Europe et se faire plus grande qu’elle n’était. C’était du donnant-donnant, un mariage de raison et non seulement chacun des conjoints y trouva ce qu’il avait espéré mais leurs enfants, les nouvelles générations des deux pays, ont grandi dans l’évidence de cette entente, non pas dans l’oubli des blessures passées mais dans la certitude que l’Histoire que ne se répéterait pas, que le temps des guerres civiles européennes était passé. Cela seul justifierait les fastes de cet anniversaire du Traité de l’Elysée, de ce quarantième anniversaire du 22 janvier 1963, mais c’est aussi un nouveau départ que l’on célèbre cette semaine. Quarante ans plus tard, l’entente franco-allemande a passé l’épreuve de vérité. Cela ne s’est pas fait sans mal. Lorsque la chute du Mur de Berlin a soudainement mis à l’ordre du jour l’unification allemande, lorsqu’il devint évident, en 1989, que l’Allemagne redeviendrait le centre de gravité de l’Europe, referait de Berlin de sa capitale, deviendrait le pays le plus peuplé de l’Union, la France s’est sentie perdue. L’Allemagne n’était plus un nain politique. L’Allemagne, semblait-il, n’avait plus besoin de la France. L’Allemagne galopait vers son unité et, dans cet effacement de l’après-guerre, la France s’est crue trompée. Au lieu d’applaudir à l’unité allemande, elle tentait de la freiner, non sans raisons car l’Allemagne, alors, hésitait à reconnaître les frontières polonaises et jouait l’éclatement yougoslave. Comme dans un cauchemar, les alliances européennes d’avant 1914 renaissaient en pointillés. Le pire paraissait possible mais Helmut Kohl et François Mitterrand, deux hommes qui avaient connu la guerre, ont conjuré le passé, inventé l’euro pour faire rebondir l’Europe et, bien vite, l’Allemagne et la France se sont retrouvées. Leur ambition n’est plus aujourd’hui de tourner une page mais d’en ouvrir une, celle de l’Europe, d’une Europe puissance à même de les faire exister l’une et l’autre dans un monde aujourd’hui dominé par les seuls Etats-Unis. La France veut maintenir le rang mondial que De Gaulle lui avait inventé sous la Guerre froide. L’Allemagne veut retrouver le rôle international que les deux guerres mondiales lui avaient ôté. L’une et l’autre ne peuvent y parvenir qu’à travers l’Europe dont elles s’emploient, donc, aujourd’hui, à reprendre les rênes. L’Europe redevient franco-allemande, conduite par deux pays égaux, désormais unis par une ambition commune.

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