C’est comme en hiver, quand, sous la neige, le paysage se transforme. Depuis que la crise irakienne a ravi le devant de la scène au conflit israélo-palestinien, rien n’a vraiment changé dans cette guerre sans fin. Les difficultés économiques continuent de s’accroître pour les deux peuples. La violence demeure quotidienne, seulement moins intense, ces derniers temps. L’impasse reste totale mais le paysage politique, lentement, se modifie. Premier changement, mis à part les plus exaltés des colons, plus personne, en Israël, ne s’oppose plus aujourd’hui au principe de la reconnaissance d’un Etat palestinien. Il y a longtemps, bien sûr, que la gauche est acquise à cette idée, mais la droite s’y est maintenant si bien convertie que ce Mur qu’Ariel Sharon fait ériger dessine la frontière qu’il voudrait voir tracer entre Israël et la future Palestine. Son parcours fait scandale parce qu’il empiète largement sur les Territoires occupés. C’est en cela que ce Mur est inacceptable. Il choque également car sa conception même est une renonciation à toute ambition de coexistence pacifique, parce qu’il annonce, au mieux, une paix lointaine et armée, mais au-delà de ces deux problèmes, sa signification politique première est que la majorité du Likoud, de la droite israélienne, a renoncé à son rêve d’un Grand Israël, s’étendant de la mer au Jourdain, et s’est résigné à l’existence d’une Palestine indépendante. C’est un tournant radical qui, pour l’instant, ne change rien à la situation mais qui achève de lever un tabou, désormais brisé par l’échec de la politique de force menée depuis quatre ans et par la réalité démographique qui ferait très vite d’un grand Israël un Etat majoritairement palestinien. Le deuxième changement notable qui, lui, pèsera plus rapidement sur les choses est que le camp de la paix renaît de ses cendres. En Israël comme en Palestine, 40% des populations approuvent désormais l’Accord de Genève, la proposition de règlement que deux anciens ministres, l’Israélien Yossi Beilin et le Palestinien Yasser Abed Rabo, ont signé en décembre dernier. Cela signifie que l’idée de la paix, d’une vraie paix équitable et négociée, fondée sur des concessions réciproques, est redevenue virtuellement majoritaire dans les deux opinions publiques. Le chemin qui pourrait y mener est encore à défricher. Il est long, semé d’obstacles et d’inconnues, mais le climat politique n’est plus le même, n’est plus uniquement fait de défiance, haine et désespoir. Et puis troisième changement, confirmé, hier, à Paris, par Yasser Abed Rabo, de nombreuses capitales européennes, le secrétariat-général de l’Onu et plusieurs grandes capitales arabes travaillent en ce moment à faire de cet Accord de Genève l’objectif final, internationalement reconnu, de ce qu’on n’ose plus appeler le processus de paix. Si virtuel soit-il encore, c’est de loin, le changement le plus prometteur car l’aboutissement de ces efforts donnerait, enfin, à la paix un contenu clair et concret, à même de mobiliser les bonnes volontés, de rebattre les cartes en formant deux camps, les vrais, celui de la guerre et celui de la Raison.

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