Tout semblait déraper. Ce week-end, l’embellie proche-orientale semblait déjà balayée par les roquettes du Hamas, l’annonce de représailles israéliennes et la décision d’Ariel Sharon de rompre tous les contacts avec l’Autorité palestinienne mais ce n’est décidément pas à si court terme que la partie se joue. Nuages ou pas, l’embellie est un fait et on l’a bien vite vu. Après avoir grondé, menacé, claqué les portes, Ariel Sharon a fait dire, dès dimanche, que le nouveau Président palestinien avait, en réalité, trois semaines pour mettre de l’ordre chez lui et, dès hier, Israël a repris ses contacts avec les services de sécurité palestiniens. Soutenu, de son côté, par l’Organisation de Libération de la Palestine, Mahmoud Abbas a, quant à lui, ordonné, lundi, à ses forces de police de s’opposer à tout acte de violence, de se déployer dans la Bande de Gaza, notamment aux points de passage avec Israël, et d’intégrer dans leurs rangs, afin de les contrôler, les Brigades Al-Aqsa, branche officieuse du Fatah spécialisée, depuis trois ans, dans les attentats anti-israéliens. Mahmoud Abbas a, autrement dit, affiché sa détermination à mettre au pas les plus radicaux des mouvements palestiniens mais, ayant montré ses muscles, brandi la menace d’un recours à la force, il s’est rendu mardi à Gaza, comme prévu, pour négocier en personne la proclamation d’une trêve par le Hamas et les autres partisans de la violence. Les négociations duraient encore hier. Il n’est pas certain qu’elles aboutissent mais, outre que les premiers échos sont plutôt encourageants, les radicaux savent bien qu’ils sont affaiblis par les coups de l’armée israélienne, que les derniers pays de la région à les aider leur serrent les rênes, que les Palestiniens veulent respirer et que Mahmoud Abbas n’est pas disposé à les laisser longtemps saboter l’objectif qu’il s’est fixé – mettre Ariel Sharon au pied du mur en lui enlevant toute raison de ne pas relancer le processus de paix. Comme avant tout grand moment de rupture, chacun vient là de se positionner. Les organisations les plus radicales ont montré qu’elles avaient encore la capacité de frapper, qu’il fallait compter avec elles et que, nouveau Président ou pas, elles n’étaient pas aux ordres. En tonnant aussi fort, Ariel Sharon a, lui, dit qu’il ne ferait pas plus de concessions dans la négociation que dans la guerre, qu’il ne se laisserait pas accuser par sa droite d’être plus souple avec les Palestiniens qu’avec les colons et que l’Autorité palestinienne ne devait pas traîner à passer aux actes. Quant à Mahmoud Abbas, il n’a pas dévié d’un pouce de sa ligne de conduite. Il veut, depuis toujours, l’arrêt des violences car il considère qu’elles desservent son peuple. Il l’avait redit, samedi, lors de son investiture, vient de se séparer de cinquante des plus proches conseillers de Yasser Arafat, affirme son autorité sur les services de sécurité en les mobilisant contre les attentats mais fera tout, comme il l’a dit, pour trouver un accord avec les radicaux plutôt que d’avoir à les affronter par les armes. C’est à six mois que la partie se joue et, en attendant, les sondages indiquent une spectaculaire remontée de l’esprit de compromis, en Israël comme en Palestine.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.