Il décevra, disent-ils. Il décevra, vous dis-je, entend-on monter depuis l’automne. Barack Obama n’était pas élu, la probabilité de sa victoire ne faisait encore que s’affirmer, que ce chœur des sachants, ou supposés tels, étoffait déjà ses rangs, jusqu’à devenir, aujourd’hui, dominant, à quelques heures de l’entrée en fonction du nouveau président américain. Eh bien, non ! Il n’y a là que fausse science, fausse sagesse, espoirs mêlés, en vérité, de ceux qui ne se consolent pas que ce jeune Démocrate ait été élu pour tourner la page des années Bush et de tous ceux qui ne voudraient surtout pas que les Etats-Unis reprennent force, influence et prestige car, en l’occurrence, que signifie « décevoir » ? S’il s’agit de dire que Barack Obama ne pourra pas tout résoudre en six mois et pas même en un mandat, alors, oui, bien sûr mais qui s’y attend ? Personne, en tout cas pas les Américains qui, les sondages le montrent, renouent avec l’optimisme mais seulement sur le long terme car ils savent bien, forcément, qu’il faudra du temps, beaucoup de temps, pour remonter la pente, rétablir leur économie, se sortir de deux guerres et briser ce mur d’impopularité que le président sortant à valu à leur pays, partout de par le monde. Il n’y a là qu’évidence mais, s’il s’agit de dire que cet homme ne changera rien, ne pourra rien changer parce qu’on ne manœuvre pas comme une felouque un aussi lourd paquebot que les Etats-Unis dont la culture politique et les intérêts économiques et diplomatiques resteront semblables et déterminants alors, là, non, trois fois non. Non, parce que la part du hasard est mince en politique. L’élection de Barack Obama n’est pas seulement due à son intelligence, sa maîtrise, son éloquence et au repoussoir qu’étaient devenus les Républicains. Si l’Amérique l’a choisi, si tant des meilleurs esprits de la droite, aussi, l’ont soutenu, c’est avant tout parce que le monde a radicalement changé et que les Etats-Unis avaient besoin de marquer une rupture historique – un jeune intellectuel noir à la Maison-Blanche – pour tenter de s’adapter à ce nouveau siècle. Lorsque l’URSS avait implosé, les Etats-Unis s’étaient persuadés que son effondrement faisait d’eux les maîtres du monde. Ils s’étaient vus en nouvelle Rome d’un monde en voie d’américanisation mais, soudainement libérés par l’effacement des blocs, les mouvements souterrains qui n’avaient pas cessé de se développer durant la Guerre froide ont brusquement modifié la surface du globe. L’Europe s’est doté d’une monnaie unique ; la Chine a pris son envol ; le monde musulman a cherché les voies de sa renaissance dans une affirmation identitaire et la mondialisation économique n’a fait qu’annoncer la fin du monopole occidental sur l’innovation technologique. Non seulement ce président devra composer avec ces incontournables réalités mais la crise du laisser-faire porte en elle un retour de l’Etat, de la politique et de la régulation des marchés. Tout a changé et c’est pour cela que, sous ce président, les Etats-Unis changeront, ou le tenteront au moins.

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