Peut-on se prévaloir des illusions qu’on avait nourries ? Est-ce à l’aune de ces illusions perdues que l’on peut juger un chef d’Etat ? Non, bien sûr, évidemment pas, mais le fait est, pourtant, que la grande majorité des déçus d’Obama, aux Etats-Unis et ailleurs, avaient attendu de lui bien plus qu’il n’aurait pu faire, lui ou quiconque d’autre. Dans l’enthousiasme suscité par son « Yes, we can », dans l’émotion créée par son élection, ils en étaient venus à croire que tout lui serait possible et, qu’avec lui, le monde allait changer. Un an plus tard, ce n’est pas le cas. Dommage, mais beaucoup de choses ont changé, grâce à Barack Obama. La première, à l’intérieur, est que les plus de quarante millions d’Américains qui sont dépourvus de couverture médicale devraient bientôt en avoir une, malgré le siège que les Démocrates ont perdu, hier, dans le Massachusetts. Elle ne sera pas aussi automatique que souhaitable. Elle coûtera plus cher à l’Etat qu’elle n’aurait du. Il aura fallu céder, pour cela, aux blocages et amendements de trop d’élus trop sensibles aux pressions des laboratoires pharmaceutiques et des assureurs privés, à la puissance de l’argent, mais, en mettant terme à cette effarante injustice, ce président aura bientôt réussi là où tant de ses prédécesseurs avaient échoué. En un an, ce n’est pas rien, tout aussi important, au contraire, que son autre grand succès, extérieur celui-là. En moins d’un an, dès les premiers mois de sa présidence en fait, Barack Obama a rendu aux Etats-Unis la popularité internationale que Georges Bush leur avait fait perdre. Hier honnie jusque par des nations ans dont elle avait toujours été proche, l’Amérique a maintenant retrouvé son image de pays de tous les possibles, moderne, innovant et ouvert. Tant mieux pour elle. Tant mieux, surtout, pour l’ensemble des démocraties car il est important pour toutes que la plus puissante d’entre elles ne soit plus assimilée au mensonge, aux prisons clandestines et à une guerre aussi profondément stupide et pernicieuse que la guerre d’Irak. Très bien, diront alors les réalistes, ceux qui n’avaient jamais été trop enthousiastes et se croient justifiés ne pas l’avoir été, mais où sont les résultats, concrets, sur la scène internationale ? Eh bien, ils sont que les djihadistes ont beaucoup plus de mal à persuader l’Islam que l’Amérique est son ennemie depuis les discours d’Ankara et du Caire ; que, sans la force de ces adresses au monde musulman, l’opposition iranienne ne se serait pas autant enhardie ; que l’arrêt des provocations inutiles vis-à-vis de la Russie a permis de rapprocher Moscou des positions diplomatiques occidentales, notamment sur l’Iran ; que la définition d’une stratégie autrement plus intelligente en Afghanistan rend plus incertaine la victoire des taliban et que les pressions américaines sur Benjamin Netanyahu l’ont conduit à accepter le principe d’un Etat palestinien et, peut-être, on le saura bientôt, l’ouverture de vraies négociations. Des graines ont été semées. Reste à voir, bien sûr, ce qu’elles donneront mais, en un an, c’est bien, mieux que bien.

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