La phrase mérite qu’on s’y arrête. « Il reste, déclarait hier, à Washington, le président chinois lors d’une conférence de presse avec Barack Obama, beaucoup à faire en Chine en matière de droits de l’homme ». C’est évidemment le moins qu’on puisse dire mais pourquoi Hu Jintao l’a-t-il ainsi reconnu, à l’étranger qui plus est, devant une forêt de micros et de caméras qui ont immédiatement répercuté ces mots aux quatre coins du monde et de la Chine en particulier ? La première explication qui vienne à l’esprit est que c’était là le meilleur moyen de stopper net le flot de questions qu’avaient naturellement fourbi les journalistes présents. Dès lors que le président chinois se livrait à un tel aveu que lui demander de plus ? C’était dit. Il l’avait dit. Le chapitre était forcément clos par cette phrase si forte qu’elle n’en appelait pas d’autres qui n’auraient pu l’être que moins et ce n’était au demeurant pas la première fois que de hauts responsables chinois faisaient le même constat. Dire qu’il reste beaucoup à faire en matière de droits de l’homme, c’est dire en creux qu’on a déjà beaucoup fait, qu’on est conscient des manques, un régime d’honnêtes gens qui font ce qu’ils peuvent pour les libertés comme pour la construction des routes ou l’amélioration du niveau de vie. C’est en fait parfaitement cynique car le développement des infrastructures et la hausse des salaires demandent des efforts et du temps alors que le respect des libertés ne demande qu’une décision, celle de ne pas les bafouer. Première explication donc, une habileté manœuvrière à l’efficacité éprouvée mais tout de même… Là, ce n’était pas une conversation entre diplomates ou l’une de ces fausses confidences destinées à tromper un interlocuteur trop naïf. C’était le président chinois devant le président américain et un parterre de journalistes, un moment si solennel qu’on peut désormais prendre la Chine aux mots et lui dire : « Alors ? Quand libérez-vous votre Prix Nobel de la paix ? Quand relâchez-vous vos prisonniers politiques ? Quand cessez-vous d’en remplir vos prisons et quand autorisez-vous une presse libre et la formation de partis politiques et syndicats indépendants ? ». Ce n’est pas dans une confortable situation qu’Hu Jintao vient de mettre la direction chinoise et le fait est qu’il pouvait difficilement l’ignorer. Il y a donc une seconde explication possible à cette phrase. Elle est autrement plus hypothétique et même hasardeuse mais ne peut être écartée. Depuis que la direction chinoise a pris la décision, en 1989, de lancer des chars contre les manifestants de la Place Tien An men, on sait non seulement qu’elle ne l’avait pas fait à l’unanimité et que certains de ses membres avaient, au contraire, exprimé leur désaccord mais que ce débat entre adversaires et partisans de plus d’ouverture, de moins de brutalité ; n’a jamais vraiment cessé. Dans l’ombre, et plus ou moins vif suivant les moments, il oppose ceux qui considèrent qu’un relâchement de l’emprise du parti conduirait immédiatement à l’anarchie et ceux qui pensent, à l’opposé, que c’est l’absence de soupapes de sécurité qui y mènera le plus sûrement. Hu Jintao vient-il de prendre position dans ce débat ? Ce n’est pas le plus probable mais… Peut-être.

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