Newt Gingrich
Newt Gingrich © Radio France / CC Gage Skidmore

Après un mauvais départ, les plus conservateurs des Républicains reprennent espoir. Jusqu’il y deux jours encore, ils avaient pratiquement perdu la partie. Alors même qu’ils sont majoritaires dans la droite américaine, leurs divisions les avaient empêchés de remporter les deux premières étapes des primaires, dans l’Iowa puis dans le New Hampshire. Leur adversaire commun, Mitt Romney, trop modéré à leur goût, semblait bien parti pour s’adjuger, demain, une troisième victoire de suite en Caroline du Sud et soudain…

Ce n’est pas le grand tournant mais la donne change, en faveur de la droite de la droite. Le premier signe en a été une montée dans les sondages du plus vigoureux de ses ténors, Newt Gingrich, ancien speaker de la Chambre des Représentants, théoricien de la « révolution républicaine » et redoutable orateur qui sait mêler traits d’humour et charges brutales. A coup de spots télévisés, New Gingrich a su grignoter la confortable avance prise par Mitt Romney en Caroline du Sud. Il est brusquement devenu l’homme qui monte, celui sur lequel les cameras se sont braquées tandis que la presse écrite disséquait ses atouts et faiblesses. Le très conservateur électorat républicain de cet Etat s’est trouvé un candidat en qui croire et lorsque son retard sur Mitt Romney s’est réduit à sept points, cet intellectuel à tête de boxeur est apparu en situation de remporter la primaire de demain et ses chances d’y arriver ont grandies.

On en était là quand, coup de tonnerre, le parti républicain a annoncé qu’il y avait eu erreur dans l’Iowa, que ce n’était pas Mitt Romney qui y était arrivé premier d’une poignée de voix devant Rick Santorum mais, au contraire Rick Santorum, avocat de la famille, pourfendeur du mariage homosexuel et héros de la droite chrétienne qui l’avait, en fait, devancé de quelques poignées de voix, 24 exactement. Cela ne changeait pas grand-chose sur le fond mais, psychologiquement parlant, Mitt Romney y a perdu son aura de candidat évident tandis que les conservateurs se disaient que la partie n’était décidément pas perdue pour eux, à la seule condition qu’ils sachent s’unir.

L’unité est devenue une exigence de ce camp, si forte que Rick Perry, l’ultra conservateur gouverneur du Texas y a trouvé le plus élégant des moyens de se retirer d’une compétition dont il avait été le favori avant qu’il ne sache plus retrouver, dans un débat public, le nom d’une des trois administrations fédérales dont il prônait l’urgente suppression. Le gouverneur a déclaré forfait et appelé d’une même phrase à voter Gingrich en le qualifiant de « visionnaire ».

Malgré le maintien d’autres conservateurs, la bataille de demain s’est ainsi réduite à un affrontement entre Mitt Romney et lui, entre un patricien trop riche, trop policé et trop mormon qui plus est et un cogneur qui ravit et fait rire une base républicaine impatiente de lever la véritable Amérique contre Barack Obama, trop subtil, trop sophistiqué et trop attaché à la justice sociale et à la redistribution des richesses par l’impôt pour n’être pas suspect de « socialisme ». Il suffirait que Newt Gingrich talonne demain Mitt Romney pour que la bataille entre ces deux droites américaines devienne implacable, longue et incertaine.

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