l'onu évoque un risque de génocide en centrafrique
l'onu évoque un risque de génocide en centrafrique © reuters
**Frank Walter Steimeier, le ministre allemand des Affaires étrangères, sera reçu demain, à Paris, par le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. Ce pourrait être le plus banal des non-événements tant les deux pays sont proches mais, non, ce rendez-vous est important et même capital car il marquera le début de la concertation permanente entre Paris et Berlin sur leur « responsabilité commune pour la paix et la sécurité dans le monde » dont François Hollande avait annoncé l’instauration mardi dernier.** Désormais, avant chaque réunion des ministres des Affaires étrangères européens, les ministres français et allemand se concerteront, en direct ou par téléphone, afin d’harmoniser les points de vue de leurs pays et de défendre, chaque fois que cela sera possible, une positions commune au sein de l’Union. Vieille d’un peu plus de deux mois, c’était une proposition de Mme Merkel à laquelle François Hollande s’était aussitôt rallié puisqu’elle rencontrait un très ancien souhait de la France pour laquelle l’affirmation d’une politique étrangère européenne a de tous temps été une priorité. L’idée si française d’Europe puissance, d’une Europe qui soit enfin un acteur et non plus un figurant de la scène internationale, marque là de vrais points puisqu’elle ne pouvait pas se concrétiser sans une volonté commune de Paris et Berlin mais, au-delà des intentions, si claires soient-elles, est-ce vraiment possible ? A l’aune des décennies passées, tout dit que non. Entre une France présente sur tous les continents et désireuse de jouer jeu égal avec les Etats-Unis, entre une France qui a une haute idée de sa grandeur et une Allemagne qui n’ambitionne pas d’autre puissance qu’économique depuis la guerre tant elle reste traumatisée par son passé, il n’y a rien, a priori, de commun. C’était l’un des grands problèmes de l’Union européenne depuis ses tout débuts mais Frank Walter Steimeier vient de déclarer hier que l’Europe ne pouvait pas « laisser la France seule en Centrafrique » et que lorsque que «l’instabilité et le terrorisme menacent en Afrique », les intérêts européens sont en jeu. L’Allemagne parle soudain français et c’est ainsi que les ministres européens des Affaires étrangères réunis aujourd’hui à Bruxelles devraient décider d’engager l’Union européenne en Centrafrique aux côtés de la France, d’abord avec 400 hommes chargés de sécuriser l’aéroport de Bangui puis avec 600 de plus chargés de rouvrir l’axe commercial vers le Cameroun. C'est pour affirmer leur poids dans l’Union que plusieurs des petits pays européens se joindront à cet effort . D’autres le feront pour marquer qu’ils dépassent les situations de crise dues à leur endettement et d’autres encore parce qu’ils ont été présents en Afrique. Les motivations ne sont pas les mêmes et l’Allemagne choisira sans doute d’apporter son appui logistique sans envoyer d’hommes au sol mais l’Union s’engage, à la suite de la France et parce que Paris et Berlin se rapprochent, dans une opération extérieure qui est sans précédent, mis à part les cas très particuliers du Kosovo et de la lutte contre la piraterie maritime. Quelque chose bouge dans une Union qui découvre enfin qu’elle a des intérêts communs, des intérêts nationaux à défendre.
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