Pas plus de « deux mois », de deux mois à compter d’aujourd’hui. C’est le délai que le président du Conseil européen, Donald Tusk, donne à l’Union pour maîtriser le flot des réfugiés faute de quoi, disait-il hier, la libre circulation des biens et des personnes entre vingt-deux des Etats membres et quatre Etats associés, l’espace Schengen, l’un des principaux acquis de la construction européenne, ne sera bientôt plus qu’un souvenir.

Si c’était le cas, il faudrait rétablir d'innombrable postes frontaliers et procéder à une embauche massive de douaniers et de policiers, les correspondances aériennes deviendraient beaucoup difficiles, les files de camions provoqueraient partout des embouteillages et les travailleurs transfrontaliers risqueraient de perdre leur emploi car le passage d’un pays à l’autre deviendrait trop aléatoire. Si c’était le cas, c’est un très rude coup qui serait porté à l’unité européenne mais, par crainte des attentats ou désir de refouler les réfugiés, sept des pays de l’espace Schengen ont déjà rétabli des contrôles frontaliers, théoriquement provisoires mais que les gouvernements concernés hésiteront maintenant à lever tant la demande de sécurité est forte.

Deux mois, c’est peut-être exagéré mais, sur le fond, Donald Tusk a raison. Une course de vitesse est désormais engagée entre, d’un côté, le délitement de Schengen et, de l’autre, le renforcement des frontières extérieures de l’Union et le maintien des réfugiés syriens en Turquie, le pays par lequel ils gagnent la Grèce avant d’aller se heurter, dans le froid, aux frontières qui s’abaissent plus au nord.

Chaque jour va compter alors même que le déploiement en cours de garde-frontières européens en Grèce prend du temps et que la Turquie ne se hâte guère, malgré les promesses d’aides européennes, de contrôler ses côtes.

La partie n'est pas déjà perdue mais elle risque fort de l’être, oui, et cela serait d’autant plus consternant que le rétablissement des frontières nationales ne résoudrait rien. Il serait autrement plus long et coûteux de les fermer que de verrouiller les frontières extérieures de l’Union. Elles n’empêcheraient pas les réfugiés de venir s’échouer sur les côtes européennes et de rester ensuite en Grèce et en Italie qui auraient à les prendre en charge seules, sans solidarité des autres Etats membres. Ce ne sont pas non plus les frontières nationales mais le renseignement et la coopération policière qui empêcheront les attentats.

Les frontières nationales rassurent mais sont largement vaines alors que leur restauration viendrait freiner les échanges européens, porter de nouveaux coups à la croissance économique des 28 et casser un peu plus une dynamique unitaire déjà si mal en point.

L’Union est en panne. L’Union est mal aimée de ses citoyens. Tout au long de ces prochains mois, l’Union va vivre au rythme, des sondages sur le référendum britannique. L’Union, malgré tout, tiendra mais la dernière chose dont elle aurait besoin serait la fin de l’espace Schengen car, après cela, la pente serait bien dure à remonter.

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