La Conférence de Berlin sur la Libye s’est conclue sur une Déclaration commune signée par les puissances extérieures dont certaines font le contraire de ce qu’elles ont signé à Berlin. Vont-elles changer ? On peut en douter…

La Chancelière allemande Angela Merkel présentant à la presse les résultats de la Conférence de Berlin sur la Libye, dimanche 19 janvier 2020.
La Chancelière allemande Angela Merkel présentant à la presse les résultats de la Conférence de Berlin sur la Libye, dimanche 19 janvier 2020. © AFP / AXEL SCHMIDT / POOL / AFP

On aimerait y croire. On aimerait croire que la déclaration commune sur la Libye signée dimanche par certains des dirigeants politiques les plus puissants au monde présent à Berlin, sera respectée à la lettre.

Certes elle n’engage pas les belligérants libyens qui n’ont même pas accepté d’être dans la même pièce à Berlin ou sur la photo de famille du Sommet ; mais on aimerait croire en effet que le Président russe Poutine, le Turc Erdogan, l’Égyptien Sissi, le Prince MBZ des Émirats arabes unis, le Secrétaire d’État américain Pompéo, ou encore Emmanuel Macron, sont sincères quand ils signent une déclaration qui dit en son article 6 :

« Nous nous engageons à nous abstenir de toute ingérence dans le conflit armé et les affaires intérieures de la Libye, et encourageons tous les autres acteurs internationaux à en faire de même ».

Disons-le tout net, on peut en douter. La Libye a supplanté la Syrie comme terrain d’affrontement des puissances régionales, et parmi les signataires, figurent des puissances qui violent déjà sans hésitation l’embargo des Nations unies sur les livraisons d’armes à la Libye qu’elles ont-elles-mêmes voté. Les mêmes ont aussi montré en Syrie qu’elles pouvaient user de la force sans états d’âme.

Pour autant, la Déclaration de Berlin n’est pas inutile : elle peut aider à un répit dans les combats qui se déroulent depuis des mois autour de la capitale, Tripoli ; et toutes les guerres de ce type sont passées par plusieurs accords, plusieurs cessez-le-feu qui n’ont tenu qu’un temps, avant que la diplomatie ne finisse pas imposer un règlement politique.

Il n’est donc pas inutile que les signataires, même s’ils ont leurs arrières pensées, renouvellent leur soutien au plan de règlement des Nations Unies, porté par le représentant de l’ONU Ghassan Salamé ; et le fait qu’ils se soient déplacés au plus haut niveau constitue un acquis diplomatique important.

Mais la grande faiblesse de ce texte est qu’il n’y a pas, à ce stade, de gendarme, pas de sanction pour ceux qui ne le respecteraient pas, et donc une incitation faible à obéir pour des puissances qui sont en Libye pour faire avancer leurs intérêts, qu'ils soient stratégiques ou économiques.

Le respect de l’accord dépend d’abord des deux principaux acteurs extérieurs à la Libye qui ont récemment accru leur intervention, la Turquie au profit du gouvernement reconnu de Fayez el-Sarraj, et la Russie du côté du maréchal Khalifa Haftar, le chef militaire de l’Est qui veut s’imposer par la force et assiège Tripoli. 

La Turquie a envoyé des soldats et même des miliciens islamistes syriens défendre Tripoli, tandis que des centaines de mercenaires russes d’un prestataire privé combattent du côté d’Haftar. Leur départ constituerait un premier pas pour crédibiliser l’accord, mais ce n’est pas d’actualité.

L’autre acteur, peut-être prometteur, c’est l’Europe qui, pour la première fois à travers la diplomatie allemande, a pris l’initiative, après tant d’années de divisions. C’est trop rare pour ne pas être signalé et salué. L’Europe doit garder l’initiative et pousser à un règlement négocié - là encore, on aimerait y croire.

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