Suite de notre série de quatre chroniques sur la Turquie avec une question aujourd'hui : Qu'est-ce que le mouvement Gülen ?

Le portrait de Fethullah Gülen sur une pancarte indiquant "Enlever vos sales pattes de la démocratie Turque".
Le portrait de Fethullah Gülen sur une pancarte indiquant "Enlever vos sales pattes de la démocratie Turque". © AFP / BERK OZKAN

Suite de notre série de quatre chroniques sur la Turquie avec une question aujourd'hui : Qu'est-ce que le mouvement Gülen ?

Et en l'occurence, qui est Fethullah Gülen, le leader de ce mouvement islamiste dont on ne connait ni le nombre exact de membres et que le président turc Erdogan qualifie, c'est selon, de cinquième colonne ou de mouvement terroriste. Mouvement qu'il accuse par ailleurs d'être derrière le coup d'Etat manqué du weekend dernier. Fethullah Gülen a donc le dos large ces derniers jours. Mais d'abord quelques chiffres ahurissants : celui, depuis l'échec du coup d'Etat militaire, des arrestations. Plus de 7 500 militaires arrêtés dont 26 généraux et amiraux présentés devant un juge, souvent dans un sale état, plus de 8 000 policiers arrêtés eux-aussi ou simplement suspendus, près de 3 000 juges et procureurs purgés. En tout, 20 000 personnes. Et ce n'est qu'un début. Ce chiffre ahurissant signifie deux choses : d'une part que les listes étaient prêtes depuis longtemps. Et si elles étaient prêtes, c'est que ces mises à pied, ces arrestations sont celles de gulennistes, c'est-à-dire de sympathisants de Gülen.

Il est donc si dangereux ce Gülen ? Si vous regardez ses interviews sur le net, pas vraiment. Fethullah Gülen est un papy soigné de 74 ans, qui vit prudemment en auto exil aux Etats-Unis et qui se défend d'avoir la moindre part au coup d'Etat militaire avec un argument assez convaincant. Il a été lui-même victime des militaires turc et serait bien le dernier à fomenter un coup avec ses anciens tortionnaires. En fait, Fethullah Gülen est à la tête d'une confrérie musulmane assez classique pour la Turquie, puisqu'elle est d'inspiration soufie. Encore une fois, l'islam est d'une complexité digne du christianisme ! On y compte une bonne trentaine de confréries, parfois millénaires, qui tiennent à la fois de la franc-maçonnerie pour le secret et l'initiation et des ordres religieux mais sans monastère. Celle de Fethullah Gülen s'appelle Hizmet et a bâti sa fortune sur des écoles et des universités. Un peu comme les Jésuites ou l'Opus Dei, côté catho. : c'est malin, parce qu'en éduquant des enfants et des ados, on forge des âmes dévouées à la vie à la mort.

Mais combien sont exactement les gülénistes ? On parle de huit millions – c'est-à-dire 10% de la population turque, ce qui paraît exagéré – ou à l'inverse d'un million, ce qui semble trop peu. A la louche, le chiffre de trois millions de fidèles revient assez souvent. Mais c'est une confrérie, et Gülen lui-même explique qu'il ne sait plus. Ce qui est certain, c'est que personne mieux d'Erdogan connait la puissance de Fethullah Gülen. Il lui doit son arrivée au pouvoir. En 2002, le parti d'Erdogan – issu d'une autre confrérie, celle des Frères musulmans – a scellé une alliance avec Gülen. Vous vous souvenez hier ? Je vous expliquais comment l'AKP avait conquis la Turquie par le bas, par les villes, les administrations, la police, avant même de prendre le pouvoir à Ankara. Eh bien, les soldats de cette conquête étaient les gulennistes. Et comme les gulennistes sont bien formés dans les universités du mouvement, ils sont entrés massivement dans les administrations et ont été des relais très précieux pour une mouvement strictement politique comme l'AKP. C'était donc gagnant-gagnant. Mais, on ne met pas longtemps deux crocodiles dans le même marigot. A partir de 2013, Erdogan a trouvé la tutelle pesante et a voulu se défaire de l'homme le plus populaire de Turquie, après lui, et de son mouvement en faisant fermer les écoles du mouvement.

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