Un pays qui s'enfonce chaque jour un peu plus dans la violence et la crise politique...

Caracas le 18 juillet
Caracas le 18 juillet © AFP / RONALDO SCHEMIDT

Je vais vous faire un aveu. C'est peut-être mon dixième édito en 3 ans sur le Venezuela et à chaque fois, j'ai pu dire que « le pays s'enfonçait un peu plus dans la crise ». Alors, soit le Venezuela est très résilient, soit la situation est cette fois-ci vraiment grave.

En fait, un peu des deux, mon capitaine. Les pays rentiers comme le Venezuela, qui possède les 1ères réserves de pétrole au monde, ne s'effondrent jamais totalement. La chute des prix du pétrole l'a gravement affecté mais il en reste toujours à vendre.

Un opposant à Maduro face à un camion en feu dans les rues de Caracas, 18 juillet 2017
Un opposant à Maduro face à un camion en feu dans les rues de Caracas, 18 juillet 2017 © AFP
Un protestant masqué dans les rues de Caracas, 18 juillet 2017
Un protestant masqué dans les rues de Caracas, 18 juillet 2017 © AFP

C'est-à-dire que bon an mal an, l'argent rentre, le Venezuela paie ses dettes et Goldman Sachs s'est précipité le mois dernier pour racheter à bon prix de la dette publique. En clair, le gouvernement et les militaires, qui encaissent la rente pétrolière, tiennent bon.

Pour le plus grand malheur, évidemment, des 31 millions de Vénézuéliens qui, eux, subissent coupures d'électricité quotidiennes

Mais aussi pénurie alimentaire et de médicaments, violence et pauvreté. Elle atteint 30% de la population : un niveau historiquement élevé.

Ce chiffre est une évaluation, puisque le gouvernement refuse de publier des stats sérieuses. Il signifie ce chiffre que l'ère Maduro, n'a pas seulement effacé les gains de son prédécesseur Chávez : il a plongé le pays dans une misère qu'il n'a jamais connu.

Des opposants bloquent une rue de Caracas, 18 juillet 2017
Des opposants bloquent une rue de Caracas, 18 juillet 2017 © AFP

Sans statistiques, c'est tout de même compliqué de mesurer l'étendue de cette crise...

Il y a tout de même un moyen très simple : comme souvent dans ces situations, les peuples votent avec leur pieds. C'est-à-dire, dans le cas des Vénézuéliens, qu'ils commencent à fuir la misère et émigrent dans les pays voisins.

On estime que 7% de la population vénézuélienne est déjà partie. Imaginez, 5 millions de Français poussés à l'exil en 10 ans. Pour le Vénézuéla, c'est presque plus cruel. Le pays a toujours été un havre de paix et de richesse pour ses voisins.

Dans les années 70 et 80, des millions de Colombiens, le pays voisin, s'y sont installé pour échapper à la guerre civile. Aujourd'hui, la Colombie a accueilli 1million 200 mille Vénézuéliens. Mais toute l'Amérique latine – et l'Espagne – est touchée.

Prenons le chiffre des réfugiés : l'année dernière, 27 000 Vénézuéliens ont demandé l'asile politique dans le monde. Pour les 6 premiers mois de 2017, ce chiffre a doublé pour atteindre 52 000 ! Triste record pour un pays qui, je le rappelle, n'a jamais vu cela.

Et il ne s'agit « que » du chiffre des réfugiés. Celui des migrants, explose littéralement : il serait 40 000 rien que dans la petite nation caribéenne de Trinidad et Tobago. En Argentine, leur nombre a été multiplié par 10 depuis l'arrivée de Maduro au pouvoir.

Un homme et sa fille à Rio de Janeiro durant le référendum officieux contre le gouvernement du Président Maduro
Un homme et sa fille à Rio de Janeiro durant le référendum officieux contre le gouvernement du Président Maduro © Reuters

Mais y a-t-il une solution en vue ?

Franchement, pas à court terme. Le gouvernement Maduro a longtemps espéré que le prix du baril de pétrole remonterait et qu'il pourrait à nouveau noyer la crise économique sous les pétrodollars, mais l'embellie n'est pas venue.

Il y a, de plus, un autre facteur, presque jamais souligné, qui vient compliquer la situation : si le régime Maduro venait à être défait, ce n'est pas un mais deux pays qui s'effondreraient : Cuba et la maison Castro aussi menacerait ruine.

Il faut avoir 2 chiffres en tête : le Vénézuéla, dans les grandes années, envoyait 100 000 barils de pétrole par jour à Cuba. De quoi couvrir presque entièrement les besoins de l'île. Il a suffi que ces livraisons diminue pour que Cuba entre en récession.

Enfin, le commerce avec le Vénézuéla représente un quart du PIB cubain. C'est énorme et cela donne à Cuba un intérêt quasi existentiel à voir survivre Nicolas Maduro et son régime bolivarien, qui est en fait une pâle copie institutionnelle du régime castriste.

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