La Knesset a adopté hier une loi organique définissant l'Etat d'Israël comme un Etat juif dont la langue est l'hébreu. Une évidence, a priori. Une rupture d'égalité pour les Arabes israéliens.

Le parlement israélien a voté hier une loi sur la nature de l'Etat qui change tout. D'autant qu'il s'agit non pas d'une simple loi, mais de ce qu'on appellerait en France, une loi organique. C'est-à-dire un texte qui a quasi valeur constitutionnelle et qu'il est donc plus difficile de modifier ou d'abroger. Que dit cette nouvelle loi ?

Elle explique qu'Israël est le foyer historique du peuple juif qui est le seul à disposer du droit à l'autodétermination. Que Jérusalem unifié est la capitale de l'Etat d'Israël. Que la langue de l'Etat est l'hébreu, l'arabe n'ayant qu'un « statut spécial ».

Enfin, elle ajoute que « le développement des colonies juives relève des valeurs nationales » et que l'Etat « doit encourager et promouvoir leur implantation et leur développement ». Enfin, elle réaffirme le droit au retour pour tout juif de la diaspora.

Une loi qui, pourtant, ressemble à la réalité sur le terrain !

Justement, c'est tout le problème... Jusqu'à présent, Israël n'a jamais vraiment défini la nature de son système démocratique, ni de son Etat. En clair, Israël n'a pas de constitution. En lieu et place, elle a sa « déclaration d'indépendance » de 1948.

Or, cette déclaration d'indépendance précise qu'« Israël est un Etat juif et une démocratie ». Elle ajoute même vouloir « établir l'égalité complète des droits sociaux et politiques de tous ses citoyens, quelque soit leur religion, leur race ou leur sexe ».

Or c'est sur cette subtile balance entre Etat juif et démocratie que se fonde l'ensemble de la législation israélienne accordant des droits égaux – en principe bien sûr, dans les faits c'est une autre affaire – entre minorité arabe et majorité juive.

Une loi qui va modifier le principe d'égalité juridique ?

A commencer par le statut de la langue arabe. Jusqu'à présent, l'arabe était avec l'hébreu la langue officielle d'Israël obligeant par exemple les fonctionnaires israéliens à répondre en arabe à des requêtes ou des services exprimés dans cette langue.

Désormais, ce sera facultatif et donc, à terme, abandonné. Pour les Arabes israéliens qui se considèrent déjà comme des citoyens de seconde zone, l'humiliation est patente. Surtout, disent-ils, cette loi enterre définitivement l'idée d'une solution à deux Etats.

Si les Israëliens sont les seuls à disposer du droit à l'autodétermination, les Arabes pourtant eux-aussi citoyens d'Israël, ne peuvent réclamer l'instauration d'un second Etat qui aurait pour nom Palestine. Circulez, il n'y a plus rien ni à voir, ni à pleurer !  

Donc une loi vexatoire...

Et surtout parfaitement inutile ! Encore que... Un des problème récurrents d'Israël est la difficulté d'obtenir devant les tribunaux la légalisation complète des nouvelles colonies ou implantations, tant à Jérusalem qu'en Cisjordanie.

Cette nouvelle loi tente de régler cette question en une « valeur nationale » aux colonies et en créant pour l'Etat un « devoir d'encouragement et de promotion » envers toute nouvelle implantation. L'idée est clairement de forcer la main de la Justice.

C'est donc une loi qui divise et hiérarchise. Ce texte ajoute même un peu d'humiliation : elle précise que shabbat et les fêtes juives sont celles de l'Etat d'Israël et que les « non juifs », c'est dans le texte, pourront fêter les leurs... sur leur congés payés.  

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