C'est une version américaine de la Guerre des boutons qui se joue en ce moment aux Etats-Unis. Autour d'une marque de conserves et d'épices appelée Goya. L'enjeu : les 60 millions de latinos-étasuniens.

La guerre des conserves aux Etats-Unis : Ce que la marque Goya raconte de l'Amérique
La guerre des conserves aux Etats-Unis : Ce que la marque Goya raconte de l'Amérique © AFP / JOHN NACION / NURPHOTO

Vous allez voir qu'une simple marque d'aliments en conserve raconte mieux l'Amérique qui s'apprête à voter que n'importe quelle brillante analyse géopolitique. Cette marque, c'est Goya et tous les Américains en connaissent le slogan par le biais des pubs TV :  « If it's Goya, it has to be good »

Traduction : « Si c'est du Goya, ça ne peut être que bon ». Or les produits Goya sont une vraie réussite, d'abord destinés à la communauté latino et aujourd'hui dans toutes les cuisines américaines. La compagnie existe depuis 1936, c'est donc une histoire américaine.

Mais son vrai essor date des années 80 avec le boom d'une immigration venue de toute l'Amérique latine, Mexique et Amérique centrale en tête. Aujourd'hui Goya food est une « major » de l'industrie agro-alimentaire avec un milliard et demi de chiffre d'affaires.

Que vient faire cette entreprise dans le paysage politique américain ?

Donald Trump a un gros problème : les Afro-Américains lui sont définitivement perdus – il y recueille entre 5 et 10% d'opinions favorables. Mais parmi les Latinos, la messe est loin d'être dite.

Issus de pays catholiques et leur réussite américaine passant souvent par le commerce ou l'entrepreneuriat, les Latinos sont plus naturellement conservateurs. De fait, un quart d'entre eux soutient les Républicains et Donald Trump.

Donc, tenter d'en ramener un peu plus encore dans le camp trumpiste est une bonne affaire électorale. Or le 7 juillet dernier, le patron de Goya et petit fils du fondateur, Robert Unanue, a, depuis la Maison-Blanche, soutenu le 45e Président des Etats-Unis.

Le président et les boites de conserve Goya

D'abord, en remerciements, c'est Ivanka Trump sur Twitter qui a posé avec une boite de « frijoles Goya », c'est-à-dire de haricots noirs et le fameux slogan en commentaire : « if it's Goya, it has to be good ».

Puis ensuite le Président, dans le bureau ovale, posant avec une suite d'une demi douzaine de produits Goya. Imaginez le Président de la République française posant devant des boites de légumes D'aucy, Bonduelle ou Géant Vert !

Aussitôt, la communauté latino s'est déchaînée sur les réseaux sociaux, vidant ses placards de produits Goya. A l'inverse, les fans de Donald Trump se sont mis en scène remplissant des cadis entiers de boites de « frijoles » et d'« abodo » de la marque.

Une véritable guerre politique par conserves interposées !

Il y a environ 60 millions de Latinos aux Etats-Unis, soit 18% de la population. Depuis plus de vingt ans, ils ont largement dépassé les Afro-Américains qui ne représentent, eux, qu'un petit 13% de la population.

Ils suivent, de plus, le parcours des vagues d'immigration précédentes : c'est à dire qu'ils sont d'ores et déjà plus riches, mieux éduqués et mieux intégrés que les Afro-Américains. Et surtout, ils sont concentrés dans des Etats du Sud souvent Républicains.

Des Etats qui parfois sont des « swing states », des Etats en balance, comme l'Arizona, le Nevada ou la Floride. Or avec sa politique anti-immigration tournée contre Mexicains ou Centre-Américains, Donald Trump s'est durablement aliéné ce réservoir électoral.

Alors, oui dans ces conditions, à la fois conjoncturelles et structurelles, la reconquête, même désespérée vu les sondages, de l'électorat latino vaut bien une photo dans le Bureau Ovale et un slogan répété à l'envie par la fille du président : « if it's Goya, it has to be good ».

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