On connaît les arguments. D’un côté, les Palestiniens – pas tous mais beaucoup d’entre eux – justifient ces attentats en expliquant qu’ils n’ont, eux, ni chars ni avions, qu’ils combattent pour leur indépendance et que le terrorisme, six morts hier soir, dix-neuf mardi matin, est la seule arme dont ils disposent. De l’autre, les Israéliens – pas tous mais beaucoup d’entre eux – soutiennent Ariel Sharon car ces attentats sont la preuve, disent-ils, que les Palestiniens ne veulent pas la paix, qu’ils n’acceptent en fait pas l’existence d’Israël, qu’il n’y a rien à négocier tant que durera la terreur sauf à encourager cette violence, à rendre, autrement dit, les armes. Ces arguments, il y aura bientôt deux ans et plus de deux mille morts qu’on les entend. Ils sont ineptes. Ils ne font rien avancer. Ils sont injustifiables car, dans une guerre, rien d’autre n’est défendable que ce qui pourrait permettre sa fin, mettre terme aux souffrances de peuples qui, de toute manière, un jour ou l’autre, finiront par signer une paix. Si le refus d’Ariel Sharon de négocier au milieu des bombes vivantes assurait la sécurité d’Israël, il serait difficile de contester son choix mais on voit trop bien que ce n’est pas le cas. Si le terrorisme permettait aux Palestiniens d’arracher un Etat aux Israéliens, il serait vain de leur opposer l’immoralité de cette arme mais on voit tout aussi bien qu’elle dessert, en fait, leur cause. Rien de tout cela ne mène à rien, ni à la sécurité pour les Israéliens ni à l’indépendance pour les Palestiniens. Les Palestiniens croient que leur sanglante loterie fera fléchir les Israéliens. Aucun peuple, se disent-ils, surtout pas habitué à une vie normale, à un bien-être, ne peut durablement vivre dans la mort. Ils ont raison. Les Israéliens ne vivent plus car pour vivre il faut pouvoir sortir de chez soi, prendre l’autobus, aller au marché, envoyer les enfants à l’école sans se demander si on les renverra le soir ou si l’on sera là pour les accueillir. La violence qu’endurent les Israéliens est invivable mais elle ne les fera pas plier car il se disent que le rapport de forces est tel entre Israël et le monde arabe qu’un Etat palestinien crée dans ces conditions serait, forcément, l’antichambre d’une nouvelle guerre, encore plus difficile à mener. Ariel Sharon croit, lui, qu’en rendant coup pour coup, qu’en détruisant toutes les infrastructures palestiniennes et réoccupant, au besoin, toute la Cisjordanie, il brisera la vague d’attentats et pourra imposer la paix qui lui convient. Il a, c’est vrai, la force. Ce n’est pas rien la force mais les Palestiniens n’ont, eux, vraiment plus grand chose à perdre et rien n’est plus terrible que la furie des damnés. Dans ce conflit, il ne s’agit plus de compter les torts, moins encore d’être pro-israélien ou pro-palestinien mais d’être pro-paix - de dire aux Israéliens qu’à ne pas ouvrir, tout en se défendant, de perspective de paix, ils se condamnent à une guerre sans fin et aux Palestiniens qu’en laissant faire les kamikazes, ils se tuent avec eux.

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