Il n’y a pas un seul pays occidental où la protection sociale ne soit pas revue à la baisse. Il n’y en a pas un où les syndicats n’aillent pas de défaite en recul et les grandes mobilisations n’y font rien. Partout, comme en France hier, elles finissent par s’essouffler et partout les « réformes » s’imposent et réduisent les conquêtes sociales car tout y concourt aujourd’hui. Le progrès, d’abord, tue le progrès. Nous vivons plus vieux, nous mourrons moins jeunes, car le travail est moins pénible, les journées de labeur moins longues, car les congés payés ont ménagé des temps de repos, car l’hygiène est plus grande, les traitements médicaux remboursés, l’habitat plus salubre. Les conséquences sur l’équilibre des caisses de retraites en sont connues. On ne parle que de ca depuis des semaines en France mais, à la rentrée, un autre problème se posera, celui de l’assurance maladie, car on se soigne de plus en plus, que les traitements sont de plus en plus performants donc toujours plus coûteux et que, plus on vit vieux, plus les besoins médicaux sont grands. C’est le premier problème, le financement de la protection sociale, mais ce n’est pas seul. Les moyens de communications ont réduit les distances. Les frontières se sont ouvertes. Le monde y trouve son compte. Les pays riches exportent plus facilement leurs produits de haute technologie et leur économie en profite. Les pays pauvres exportent, eux, des productions moins élaborées, se développent, décollent, peuvent acheter plus d’équipements aux pays riches. Cette mondialisation de l’économie profite à tous mais elle a ses revers. De graves revers. Dans les pays dits émergeants, on travaille comme au XIX° siècle en Europe, comme aux temps de Dickens et de Zola, pour des salaires de misère et sans l’ombre d’une protection sociale. La main d’œuvre, autrement dit, y coûte infiniment moins cher que dans les pays riches ce qui non seulement amène les entreprises occidentales à délocaliser leurs productions mais fait aussi subir une redoutable concurrence aux produits occidentaux. Jusqu’au jour, encore lointain, où le développement aura renchéri le coût du travail dans les pays pauvres, la mondialisation va continuer à tirer à la baisse les salaires et la protection sociale des pays riches. C’est une loi d’airain contre laquelle les grèves ne peuvent à peu près rien car plus elles se multiplient, plus l’investissement, l’argent, part ailleurs. Entre le travail et le capital, le rapport de forces économique a changé mais, troisième raison de cette nouvelle donne, le rapport de force politique s’est également modifié. Durant tout l’après-guerre, non seulement le boom de la reconstruction assurait le plein emploi donc la hausse continue des salaires mais la peur du communisme, de la Révolution, de l’URSS, conduisait l’argent à acheter la paix sociale. C’est fini, bien fini, mais si nous ne voulons pas que renaisse la haine de classe et que la toute puissance de l’argent ressuscite le désir de Révolution, si nous ne voulons pas que la colère sociale nous ramène, un jour, aux tourmentes du XX° siècle, il faudra bien inventer, à l’échelle mondiale, l’harmonie et la justice sociales auxquelles, dans les luttes, nos sociétés étaient parvenues après-guerre. Ce sera difficile ? Long ? Oui, mais indispensable.

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