Il faut entendre ce qu’il y avait derrière ce geste des nouveaux entrants. Le Conseil européen tirait à sa fin. Depuis l’après-midi de vendredi, il était clair qu’une crise budgétaire allait s’ajouter aux crises institutionnelle et politique de l’Union. Il n’y avait plus grand chose à faire mais les nouveaux pays membres ont alors tenté malgré tout de sauver la situation. Sur proposition de la Pologne, ils ont offert que le montant des aides structurelles qui leur étaient promises et sur lesquelles ils comptaient soit réduit. Eux, les plus pauvres, ont offert de se serrer la ceinture parce que les plus riches n’arrivaient pas à concilier leurs intérêts mais rien n’y a fait. On sait comment s’est terminé ce sommet, dans l’acrimonie et les accusations réciproques, mais pourquoi les nouveaux avaient-ils tenté ce geste ? Ils l’ont fait car, pour eux, l’Union n’est pas qu’une question d’argent, car ils avaient rêvé, sous le communisme, de pouvoir, un jour, réintégrer leur continent, car leur appartenance à l’Union est, pour eux, un gage de stabilité, qu’elle les protège des soubresauts de leur voisin russe et les aide à rattraper le retard pris sous domination soviétique – car l’Union, en bref, leur est fondamentale et qu’ils voyaient bien que la soudaine addition de ces crises la met en danger. Parce qu’ils sont plus fragiles, moins sûrs de leur avenir, ils voyaient mieux qu’on ne le voit encore dans les quinze pays qui avaient été du bon côté du Mur que jamais le projet européen n’aura été aussi menacé. Il ne l’est pas seulement parce que tout le monde se dispute maintenant sur tout et que la locomotive franco-allemande, celle qui a toujours tiré l’Europe, est en panne, en révision sur une voie de garage. C’est grave mais ce qui est encore plus grave est que, dans cette période de vaches maigres et de bouleversements internationaux, l’élargissement de l’Union ne pouvait être mené à bien qu’à la condition que l’Europe ait un horizon politique, une ambition transcendant ses tiraillements internes et des institutions lui permettant d’organiser ses débats et son échiquier politique, qu’à la condition qu’elle accède à une vie parlementaire paneuropéenne et que les choix et le pouvoir de ses citoyens, sa démocratie, puissent faire, jeu égal avec les marchandages, forcément obscurs, de ses Etats. L’Union ne trouvera pas avant longtemps cet élan. Que l’on regrette sa Constitution ou qu’on l’ait refusée, force est de le voir, force est de voir qu’il y a urgence à limiter la casse mais comment ? Pour les années à venir, on ne le pourra qu’en se concentrant sur des objectifs concrets, réalisables et sur lesquels on puisse mobiliser, si ce n’est l’unanimité, des groupes de pays décidés à aller plus loin plus vite, dans la recherche et l’enseignement supérieur, la Défense ou des harmonisations économiques et sociales, de grands projets industriels ou d’infrastructures routières ou ferroviaires. On va beaucoup s’affronter dans l’Union. La tendance aux repliements nationaux sera forte mais s’il se trouve assez de pays pour construire au-delà des grandes polémiques, alors un jour, peut-être, l’élan se retrouvera.

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