Vue d’Europe, l’Union n’existe guère. Vue de l’étranger, elle existe tant, malgré sa panne, ses doutes et ses déchirements, que le Président des Etats-Unis tient, désormais, sommet avec elle chaque année, s’adressant comme à un alter ego à son Président du moment, en l’occurrence Wolfgang Schüssel, chancelier autrichien dont le pays préside l’Union jusqu’à la fin de ce semestre. L’un vient avec ses ministres, l’autre est accompagné du Président de la Commission et des principaux commissaires européens. L’un incarne seul un Etat fédéral, l’autre un ensemble en devenir qui a toujours deux Présidents, le représentant des Etats membres et celui de l’exécutif commun aux 25. Le rapport est asymétrique mais entre les deux premières puissances du monde il y a, malgré tout, une forme d’égalité qui tient aux réalités d’un rapport de force. Economiquement parlant, elles pèsent d’un même poids. Elles sont en concurrence directe sur de grands marchés comme l’agriculture, l’aéronautique, les services ou les satellites. Et dans les négociations internationales, surtout, qu’elles s’opposent ou s’allient, elles traitent d’une capitale à l’autre, Washington d’un côté, Bruxelles de l’autre, car l’Europe y fait bloc. Plus important encore, bien au-delà de la couleur politique de ses gouvernements et de ses différences nationales, l’Europe est une - même approche, même culture - sur des dossiers aussi importants que l’Iran, le conflit israélo-palestinien, la lutte contre le réchauffement climatique, les droits de l’Homme ou la Cour pénale internationale. Alors où en sont les rapports entre ces deux puissances ? Ils sont infiniment moins mauvais qu’aux débuts de la guerre d’Irak, lorsque la volonté de Georges Bush d’aller renverser Saddam Hussein divisait l’Union, que la France et l’Allemagne tentaient d’empêcher cette aventure et que les opinions européennes étaient majoritairement ou massivement opposées à cette guerre. Il y a une détente euro-américaine qui tient à l’échec des Etats-Unis en Irak et à leur besoin de retrouver en Europe des soutiens internationaux, au refus de l’Europe et de l’Amérique de continuer à soutenir le gouvernement palestinien maintenant qu’il est dominé par les islamistes et à leur volonté commune d’essayer de trouver un compromis avec l’Iran sur la question nucléaire. Il y a, aujourd’hui, un rapprochement entre les deux puissances occidentales d’autant plus marquée que l’une et l’autre cherchent à tourner la page irakienne avec le moins de dégâts possible mais, entre elles, le sujets de désaccord ne manquent pourtant pas. Elles sont à couteaux tirés dans les négociations de l’Organisation mondiale du commerce et sur beaucoup des dossiers commerciaux ; sur Guantanamo dont les Européens demandent la fermeture ; sur la question climatique et sur les visas que les Etats-Unis continuent d’imposer aux ressortissants des nouveaux pays de l’Union. Ce n’est pas rien mais, plus grave encore, l’image des Etats-Unis continue de se détériorer dans les opinions européennes, même au Royaume-Uni où il n’y a plus, cette année, que 56% de Britanniques pour avoir bonne opinion de l’Amérique contre 83% en 2000. L’Atlantique a deux rives.

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