Ehud Olmert était hier à la Maison-Blanche. Prévue de longue date, cette rencontre avec Georges Bush avait, évidemment, pris une tout autre dimension avec le passage de Gaza sous le contrôle du Hamas et la formation, dimanche, par le Président palestinien Mahmoud Abbas, d’un nouveau gouvernement, sans ministres islamistes. Face à cette nouvelle donne, qu’allait donc dire le Premier ministre israélien ? Comme Georges Bush, il n’a pas tari d’éloges sur Mahmoud Abbas – un « modéré », « le Président de tous les Palestiniens », a-t-il dit – mais Ehud Olmert est allé plus loin. Qualifiant de « chance », la situation qui s’est créée ce week-end, il a estimé qu’il fallait maintenant « préparer les bases qui nous permettrons bientôt, je l’espère, d’engager des négociations sérieuses sur la création d’un Etat palestinien ». Ehud Olmert tire, autrement dit, la conclusion qu’il fallait tirer de la complète rupture entre le Fatah de Mahmoud Abbas et les islamistes du Hamas. Dès lors que le Président palestinien et les ministres du gouvernement qu’il a mis en place sont tous, sans exception, partisans d’une reconnaissance d’Israël et de la coexistence de deux Etats, dès lors qu’Israël a un interlocuteur avec lequel parvenir à un compromis, son Premier ministre propose d’y travailler. Parfait, excellent. Tout autre attitude eut été désespérante et choquante mais quelle paix la coalition gouvernementale israélienne a-t-elle en tête ? Là, rien n’est encore dit alors que les Israéliens auront vite un choix à faire. Première hypothèse, ils s’en tiennent aux réalités, constatent que Mahmoud Abbas et son gouvernement ne contrôlent que la Cisjordanie et, après leur avoir versé les quelques 700 millions de dollars qu’ils doivent à l’Autorité palestinienne, n’acceptent de négocier avec eux que l’avenir de cette rive occidentale du Jourdain et d’elle seule. La musiques des déclarations israéliennes, publiques et privées, laisse entendre qu’on s’orienterait plutôt dans cette direction au nom de l’efficacité, de la rapidité et du fait aussi que la Bande de Gaza est d’ores et déjà évacuée par Israël, que ses frontières ne prêtent pas à marchandages contrairement à celles de la Cisjordanie et que ce territoire pourrait donc s’intégrer à un futur Etat palestinien le jour où le Hamas n’en serait plus maître. On voit le raisonnement. Il peut se plaider mais le fait est aussi que cette démarche reviendrait à demander à Mahmoud Abbas une sorte d’accord intérimaire qu’il ne pourrait pas négocier sans être accusé d’accepter une partition de la Palestine. Il n’est pas sûr qu’il puisse prendre ce risque alors que les Israéliens n’en courraient, eux, aucun à rechercher un compromis sur l’ensemble des territoires paletiniens, y compris Gaza quitte à n’en lever le blocus qu’au moment où la situation politique y aurait changé. Ce serait la seconde option, plus crédible, plus visionnaire et, sur le long terme, infiniment plus sûre.

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