Il n’y a pas que les Européens qui soient fâchés avec l’Europe. Certains de leurs gouvernements le sont aussi et Silvio Berlusconi vient de l’exprimer à sa manière, sans gêne et tonitruante. « Il y a beaucoup à changer dans les institutions européennes, a-t-il lancé hier, l’attitudes des commissaires européens, par exemple, qui mettent les gouvernements en difficultés par leurs déclarations ». Il a dit cela dans le huis clos de la réunion des dirigeants conservateurs qui a précédé, hier, l’ouverture du Conseil européen de Bruxelles. Ce n’était pas censé être rapporté mais, comme il savait, évidemment, qu’il y aurait des fuites, Silvio Berlusconi a profité de cette possibilité de vider sans sac sans l’avoir fait. « Ils n’ont pas à parler, a-t-il poursuivi ». Les gouvernements n’ont pas à se retrouver, tous les trois jours, sur la sellette à cause d’eux », a-t-il encore affirmé avant de s’en prendre implicitement à la Banque centrale européenne en reprochant à « l’Europe » de ne rien faire contre l’envolée de sa monnaie. « L’euro est surévalué. Cela pénalise durement les produits européens. L’Europe doit intervenir. L’Europe doit changer de vitesse », a-t-il conclu. Dans cette sortie du président du Conseil italien, il y a, d’abord, une rage contre la Commission qui, dans sa fonction de gardienne des traités – de traités voulus et signés par l’Italie comme par tous les pays membres, ne cesse plus de rappeler Silvio Berlusconi à l’ordre sur le dérapage de ses comptes publics, le refinancement d’Alitalia par l’Etat italien et le dossier tellement explosif de la gestion des déchets dans son pays. Silvio Berlusconi est pris entre ses promesses électorales et les engagements européens de l’Italie. L’homme qui est capable de faire suspendre 100 000 procès en cours afin d’éviter qu’un dossier le concernant n’arrive devant les tribunaux ne supporte bien sûr pas que la Commission se mêle de ce qu’il fait mais il n’y a pas que cela. Comme les gouvernements européens l’ont toujours fait, il se défausse de ses difficultés sur « l’Europe » et le fait avec d’autant plus d’ardeur et moins de pudeur qu’il la sait impopulaire et affaiblie et c’est là qu’est tout le problème. Beaucoup d’Européens reprochent aujourd’hui tout et son contraire à l’Union. On n’est plus très loin des procès en sorcellerie mais deux vrais reproches lui sont faits qui sont, eux, parfaitement fondés. Le premier est la complexité de ses institutions et son absence de démocratie. Le second, toujours plus brûlant, est le monopole de pouvoir dont bénéficie la Banque centrale, non pas parce qu’elle est indépendante, ce qui est nécessaire à sa fonction, mais parce qu’il n’y a pas, en face d’elle, puisqu’il peine tant à s’affirmer, de vrai pouvoir politique européen qui puisse, comme aux Etats-Unis, peser sur ses décisions en lui rappelant qu’elle n’a pas que l’inflation en prendre en compte. Il y a, c’est vrai, beaucoup de choses à changer dans l’Union. Il ne serait pas étonnant, dans ce climat, que d’autres gouvernements européens, le tchèque notamment, suivent l’exemple italien, surfent, à leur tour, sur l'eurofâcherie, et que la tempête grossisse sur la désunion européenne.

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