Hier intouchable et sacro-sainte, la politique de rigueur menée en Europe est de plus en plus contestée, tant au sein de l’Union qu’aux Etats-Unis et dans les institutions financières internationales. La rigueur, c’est deux choses.

C’est, d’abord, les règles que les pays européens se sont eux-mêmes fixés au moment du passage à la monnaie unique et qui les obligent à ne pas laisser leur déficit public dépasser 3% de leur Produit intérieur brut et leur endettement 60% de ce même PIB. La rigueur, c’est ensuite le Pacte de stabilité par lequel les pays membres se sont liés lorsqu’il s’est avéré que ces plafonds étaient allègrement dépassés par beaucoup d’entre eux et que cette situation est devenue intolérablement dangereuse avec les deux crises financières consécutives qu’ont été le krach de Wall Street et l’éclatement des dettes publiques dans l’Union.

Sous la pression de l’Allemagne mais aussi, et fondamentalement, parce que l’euro et toutes les économies européennes étaient menacés par cette situation, les gouvernements européens ont alors décidé de confier à la Commission européenne un rôle de gardien des règles budgétaires communes, de soumettre donc à son examen les projets de budget nationaux et de lui permettre tout à fois de faire des recommandations visant à les faire rentrer dans les règles et de prendre des sanctions contre le Etats trop laxistes.

Ni dans un cas ni dans l’autre, il ne s’agissait là d’oukases imposés par une bureaucratie non élue mais d’une tâche confiée, d’un commun accord, à la Commission qui n’est ainsi pas le décideur mais l’exécutant de décisions prises par les gouvernements nationaux et le Conseil européen, leur instance commune au sein de laquelle ils fixent les politiques de l’Union. Souvent qualifiées d’« européennes », ces politiques sont ainsi bien plutôt un choix fait et imposé par la majorité politique du moment au sein du Conseil, c’est-à-dire par la majorité libérale-conservatrice qui le domine aujourd’hui.

Elles ont toujours été contestées par les gouvernements de gauche, celui de la France notamment, qui réclamaient non pas l’abandon du retour aux équilibres mais son étalement dans le temps et son accompagnement par des mesures de relance de la croissance fondées sur des investissements communs.

Or ces idées ne cessent de gagner du terrain parce que l’actuelle rigueur étouffe les économies européennes, que les sociaux-démocrates allemands gouvernent maintenant avec Mme Merkel et que le désamour dont l’Union est victime a fini par inquiéter l’ensemble du Conseil. L’Italie fait désormais front avec la France. La gauche allemande et l’ancien chancelier Schröder plaident maintenant pour donner plus de temps au rétablissement des équilibres. Les Etats-Unis font pression dans le même sens et le FMI s’alarmait, hier, de ce que le Pacte de stabilité « décourage l’investissement public » en Europe.

L’idée des investissements communs est en train de s’imposer et cela au moment même où la démocratie pourrait progresser dans l’Union avec la désignation comme candidat à la présidence de la Commission du chrétien social Jean-Claude Juncker, chef de file du PPE, le parti conservateur arrivé en tête aux élections européennes. Les choses, oui, bougent en Europe.

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