Où l'on voit qu'en Syrie, Américains et Russes jouent maintenant leur influence régionale

C’est une nouvelle guerre dans une guerre de six ans. Dans la guerre de Syrie, un nouveau conflit s’amorce et met aux prises les Etats-Unis et la Russie autour de la question de savoir qui prendra le contrôle des territoires que Daesh est en train de perdre, mais les faits d’abord.

Dimanche, l’aviation américaine abat un appareil de l’armée syrienne. Cela ne s’était jamais produit. Damas pousse de hauts cris mais le commandement américain de la coalition internationale mobilisée contre Daesh et dont la France est partie prenante assume ce tir.

Il n’y a pas lieu de s’excuser, disent les Américains. Il ne s’agissait pas d’un accident, expliquent-ils, car l’aviation de Bachar al-Assad menaçait les troupes arabo-kurdes des Forces démocratiques syriennes que Washington arme et soutient pour les utiliser dans l’assaut terrestre lancé le 6 juin contre Raqqa, la capitale syrienne de Daesh.

Les alliés de Damas réagissent aussitôt. L’Iran fait une démonstration de forces en lançant, de son territoire, des tirs de missiles contre une zone du nord de la Syrie encore tenue par Daesh. Les Russes, eux, annoncent hier qu’ils « suspendent » le « canal de communications » que les Etats-Unis et eux avaient mis en place en Syrie parce que les deux pays interviennent dans le ciel syrien – les Etats-Unis contre Daesh et la Russie en soutien à l’armée de Bachar al-Assad – et qu’il fallait donc éviter tout incident entre leurs aviations. Plus grave encore, la Russie a désormais braqué ses missiles contre les avions de la coalition ainsi sommés de ne plus s’en prendre aux appareils de Damas.

La première raison pour laquelle les Russes ont réagi si vigoureusement est que leur crédibilité est en jeu puisqu’ils sont les protecteurs de Bachar al-Assad. La seconde, autrement plus importante et concrète, est que les Américains et la coalition internationale qu’ils conduisent sont en train de défaire Daesh.

Mossoul, sa capitale irakienne, ne tient plus que parce que les djihadistes y ont pris en otages, comme boucliers humains, les habitants de la vieille ville. Raqqa, la ville syrienne à partir de laquelle Daesh pilote les attentats que ses partisans commettent de par le monde, est maintenant sous attaque. Daesh perd pied et une course de vitesse s’est ainsi engagée entre deux grands blocs pour lui succéder dans ce qui fut son territoire.

D’un côté, il y a l’Iran, la grande puissance chiite du Proche-Orient ; le régime syrien qui est également chiite et qui a assez repris l’avantage sur l’insurrection pour pouvoir se tourner, fait nouveau, contre Daesh et il y a enfin la Russie qui joue la carte chiite dans la région. De l’autre, il y a les Etats-Unis qui ne veulent pas avoir défait Daesh pour laisser la place libre à l’Iran car Donald Trump a renouvelé, contre les Iraniens, l’alliance américaine avec les pays sunnites et les monarchies du Golfe en particulier.

A travers leurs protégés respectifs, Américains et Russes jouent leur influence régionale et la guerre de Syrie prend aujourd’hui une nouvelle et inquiétante dimension.

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