Les électeurs d’Istanbul revotent dimanche pour élire leur maire, après l’annulation du scrutin du 31 mai remporté par l’opposition. C’est un test pour le Président Erdogan qui fut maire d’Istanbul et serait affaibli par un revers de son parti, l’AKP.

Le candidat du parti d’opposition CHP Ekrem Imamoglu au cours d’un meeting de la campagne des élections municipales à Istanbul le 25 mai dernier.
Le candidat du parti d’opposition CHP Ekrem Imamoglu au cours d’un meeting de la campagne des élections municipales à Istanbul le 25 mai dernier. © AFP / OZAN KOSE / AFP

Les électeurs d’Istanbul votent dimanche pour des élections municipales dont l’enjeu dépasse de loin le seul cadre de la ville. 

Il s’agit d’abord de savoir si le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, peut accepter une défaite électorale dans sa ville natale, qui fut autrefois son tremplin politique ; de tester, aussi, s’il reste encore un peu d’espace démocratique formel dans un pays qui a subi depuis trois ans une profonde vague autoritaire.

Les élections municipales se sont déjà déroulées le 31 mars, et, à Istanbul, le candidat de l’opposition l’a emporté de peu. Mauvais perdant, l’AKP, le parti islamo-conservateur du Président, a déposé des recours et a obtenu l’annulation du scrutin, au grand dam de l’opposition. 

C’est donc la répétition de ce vote qui a lieu dimanche, prenant des allures de test national pour le Président Erdogan, à un moment de doute dans le pays en raison d’une sérieuse crise économique et sociale.

Les sondages donnent une avance plus grande encore au candidat de l’opposition, Ekrem Imamoglu, du parti républicain laïque CHP.

Il faut dire que toute l’opposition s’est regroupée autour d’Ekrem Imamoglu, y compris le leader du parti pro-kurde HDP, Selahattin Dermitas, qui, de la prison où il croupit depuis deux ans et demi, a appelé à voter pour le candidat d’opposition. Et son compte Twitter fait observer que le candidat du CHP ne pourrait pas être élu sans les voix de ce parti victime de l’acharnement du pouvoir.

Mais surtout, la société civile s’est mobilisée pour éviter toute fraude. On avait déjà vu après le scrutin du 31 mars, des militants dormir près des urnes lors de la contestation du résultat. Cette fois, ce sont des milliers d’avocats, d’étudiants, de simples anonymes qui se sont enregistrés comme observateurs dans tous les bureaux de vote, et ont été formés par le CHP.

Istanbul n’est pas n’importe quelle ville. C’est certes la capitale économique et culturelle de la Turquie, mais c’est surtout la ville dont Recep Tayyip Erdogan fut le maire dans les années 90, et d’où il partit à la conquête du pays. Et il a lui-même dit publiquement que « qui contrôle Istanbul contrôle la Turquie ».

Enlever Istanbul à l’AKP, "un parti fondamentalement stambouliote", selon le géographe Jean-François Pérouse cité par Slate, c’est envoyer le signal au pays que Erdogan n’est pas invincible. Même si la perte d’Istanbul ne l’empêchera pas de contrôler quasiment tous les rouages du pouvoir en Turquie.

Le président turc joue gros car il est engagé dans un jeu d’équilibriste audacieux entre ses alliés traditionnels américains au sein de l’Otan, et la Russie dont il s’est rapproché sur la Syrie, et à laquelle il achète des armes. Il a enfermé une bonne partie de ses opposants, muselé la presse et mis au pas la justice et l’armée. Mais la perte d’Istanbul serait un signe de faiblesse, et Erdogan ne supporte pas ça.

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