Cinq attentats en quarante-huit heures, ce n’est pas neutre. En frappant Israël à coups redoublés, le Hamas et le Jihad islamique, les deux grandes organisations terroristes palestiniennes, veulent, d’abord, montrer que leur lutte continue, qu’ils sont toujours en état de la mener - renversement de Saddam Hussein ou pas, malgré la victoire militaire des Etats-Unis en Irak et bien que les Syriens, sous pression américaine, viennent de fermer, à Damas, les sièges des mouvements palestiniens les plus radicaux dont, évidemment, les leurs. Comme ceux de Ryad et de Casablanca, ces attentats s’inscrivent ainsi dans une volonté générale de la mouvance islamique de faire voir que les armées peuvent vaincre des armées mais pas avoir raison de candidats au suicide, décidés à mourir pour mieux tuer. D’autres actions de ce genre, on peut le craindre, vont maintenant suivre. Elles pèseront lourd sur la politique américaine, renforceront, sans doute, les faucons dans leur conviction qu’ils ont raison de vouloir utiliser la puissance américaine, vont ainsi faire monter, c’est leur but, la tension internationale, mais le Hamas et le Jihad poursuivent aussi, là, un objectif propre et plus immédiat. Aux lendemains de l’entrée des troupes américaines à Bagdad, Yasser Arafat avait fini par céder aux pressions des grandes puissances en nommant un Premier ministre, supposé le reléguer à des fonctions honorifiques et assumer la réalité du pouvoir. Vétéran des batailles palestiniennes, cet homme, Mahmoud Abbas, avait pris position, depuis de longs mois, contre la « militarisation » de l’Intifada, pour un recours à la non-violence et la renonciation aux attentats contre des civils. Très apprécié des intellectuels palestiniens, de la gauche israélienne et des Européens, il voulait que cessent les attentats pour que cessent les représailles qui disloquent, jour après jour, la société palestinienne. Il voulait mettre, du même coup, la droite israélienne dos au mur, pouvoir la mettre en demeure, le calme revenu, de dire si elle voulait ou non d’un compromis et Mahmoud Abbas incarnait ainsi un formidable défi, pour Ariel Sharon, Yasser Arafat et les jusqu’au-boutistes palestiniens. Si les attentats cessaient, se raréfiaient au moins, Yasser Arafat sortait de la politique pour entrer dans l’Histoire, les radicaux palestiniens voyaient se réaliser leur cauchemar, la fin de la guerre, la fin de l’idée de reconquête, et Ariel Sharon n’avait plus gère d’échappatoire pour refuser la « feuille de route », le plan de paix international soutenu par les Américains. Le Hamas, le Jihad et leurs bombes mettent bon ordre à tout cela. Mahmoud Abbas, à peine nommé, peine à justifier son titre. Sous le feu des dénonciations israéliennes, Yasser Arafat reprend les premiers rôles. Quand aux organisations terroristes, elles mènent plus que jamais la danse car Ariel Sharon a immédiatement pris prétexte de leurs attentats pour reporter le rendez-vous au cours duquel il devait discuter de la feuille de route avec Georges Bush. Encore quelques kamikazes et la paix aura perdu – une fois de plus.

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