Cela ne s’appelle pas des erreurs. Quarante morts dans un village irakien parce que des hélicoptères américains ont pris des tirs de célébration d’une noce pour des tirs hostiles, dix morts dans une manifestation palestinienne à Gaza parce que l’armée israélienne avait voulu stopper ce cortège et que les salves d’intimidation ont dévié, cela s’appelle des crimes. Sans doute, peut-être, n’y avait-il pas eu intention de viser des innocents mais, dans les deux cas, les corps sont là, les blessés se comptent par dizaines et, dans les deux cas, il y eut une singulière rapidité à recourir aux missiles, sans qu’il y ait danger immédiat, sans se soucier, à Gaza, qu’ils puissent tomber sur la foule, sans même vérifier, à la frontière irako-syrienne, ce qui se passait vraiment en bas, là-bas, sur terre. Alors il ne suffit pas de s’indigner et condamner. Il faut aussi voir que si de telles choses peuvent se produire c’est que, dans les deux cas, ces guerres sont devenues illisibles et folles. Pourquoi les Américains se battent-ils en Irak ? Parce qu’ils avaient cru y être accueillis en libérateurs, parce que leurs dirigeants avaient rêvé qu’en allant y abattre un dictateur ils y construiraient une démocratie dont le seul exemple transformerait tout le Proche-Orient en zone de paix et que, mois après mois, comme prévu, leurs erreurs et leur inculture ont retourné de plus en plus d’Irakiens contre eux. Attentats et révoltes se sont si bien multipliés que, pour les Américains, les Irakiens sont devenus des ennemis, à tout le moins des tueurs potentiels dont il faut, à chaque instant, se méfier. Quand on craint pour sa vie, que la peur vous met la haine au ventre, qu’on ne comprend plus rien aux raisons pour lesquelles on se bat si loin de Main Street, on tire avant de voir pour que l’autre ne le fasse pas avant que vous ne le fassiez. On tire sans volonté, bien sûr, de faire un carnage, de tuer les mariés et les gamins endimanchés, sans encore moins penser que ces cadavres passeront en boucle sur toutes les chaînes arabes comme autant de preuves de l’hostilité occidentale au monde musulman et qu’ils passeront quelques heures seulement après d’autres images, celles de Gaza. Pourquoi se bat-on à Gaza ? Deux peuples pour une seule terre, on sait, il y a bientôt soixante ans que cela dure mais, là, précisément, pourquoi ? Parce que la décennie des Accores d’Oslo a échoué, que Yasser Arafat a cru pouvoir reprendre l’avantage en relançant l’Intifada, qu’Ariel Sharon a cru pouvoir briser les Palestiniens en refusant toute discussion tant que la violence ne cesserait pas, qu’il a fini par réaliser qu’il n’y parviendrait pas, veut maintenant évacuer Gaza mais ne veut pas le faire avant d’y avoir démantelé les réseaux terroristes. Comment s’y prendre ? En ratissant, quartier par quartier, et détruisant les maisons qui borde la frontière égyptienne pour s’assurer qu’elles ne cachent plus de souterrains par lesquels passent les armes. Résultats : des morts, des sans-abris, le redoublement de la haine, une manifestation et la suite que l’on sait. Il ne suffit pas de condamner ces crimes. Il faut arrêter les guerres qui les portent.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.