A Johannesburg, capitale économique de l’Afrique du Sud, les quartiers de la misère se mêlent aux quartiers d’affaires. Le contraste est violent mais ce n’est pas aux riches que les pauvres s’attaquent depuis une semaine. A la nuit tombée, le week-end dernier particulièrement, des bandes de jeunes gens déchaînés envahissent les rues des bidonvilles où ils vivent eux-mêmes, frappent aux portes, les défoncent si besoin, interrogent les occupants des masures en tôle et, au moindre accent étranger, s’attaquent aux hommes, violent les femmes, volent tout ce qui est à piller et détruisent le reste. Lundi, la police a compté 22 morts. Les blessés sont innombrables. Deux personnes ont été brûlées vives. Les églises et les commissariats sont devenus des centres de réfugiés où s’entassent des familles entières, désormais dénuées de tout, désemparées et terrorisées. En plein coeur de la ville, d’une capitale internationale, une église méthodiste a été assiégée toute la nuit de samedi à dimanche par ces jeunes tueurs, convaincus qu’il leur faut éliminer les étrangers qui leur prendraient leur travail, les priveraient de logements sociaux et feraient baisser leurs salaires. Sur une population de 50 millions d’habitants, l’Afrique du Sud, relativement prospère, infiniment plus riche en tout cas que ses voisins, compte cinq millions d’étrangers, résidants légaux ou illégaux, venus du Mozambique, du Malawi ou du Zimbabwe, surtout, où un président octogénaire qui s’accroche au pouvoir, Robert Mugabe, a plongé toute la population dans une misère sans nom. Par son développement et sa stabilité, l’Afrique du Sud attire tout autant les immigrés que les pays d’Europe et ce ne sont pas, là-bas, des Européens qui rejettent des Africains mais des Africains qui s’en prennent à d’autres Africains, plus pauvres qu’eux, des pauvres à des pauvres censés leur enlever le pain de la bouche. Ces immigrés contribuent, en fait, à la richesse nationale en travaillant sans compter leurs heures mais comme ils acceptent, bien obligés, des conditions que les Sud-Africains refusent, c’est contre eux que se retourne la haine sociale. Ils sont devenus des boucs émissaires, victimes du ressentiment contre les inégalités de revenus et la société à deux vitesses qui s’enracine dans le pays – laissés-pour-compte et bénéficiaires de la croissance. Ces violences sont d’autant plus effarantes que, du temps de l’apartheid, des masses de réfugiés sud-africains avaient trouvé asile dans ces pays voisins d’où viennent, aujourd’hui, ces immigrés. Ils y avaient été fraternellement accueillis. L’Afrique du Sud a une dette vis-à-vis de ces pays mais les tueurs des bidonvilles ont vingt ans. Ils ne connaissent rien de tout cela. Pour eux, l’apartheid est une préhistoire et la seule chose qu’ils savent est que, s’ils ne peuvent pas s’en prendre aux sièges sociaux des grandes sociétés, ils peuvent se venger sur plus malheureux qu’eux. On a connu on connaît cela sur tous les continents. C'est une histoire éternelle et universelle.

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