Laminé, divisé par la répression, son parti est en lambeaux. Affaiblie par quinze années de détention ou d’assignation à domicile sous haute surveillance, elle n’est elle-même plus qu’un souffle mais la junte birmane a, pourtant, toutes les raisons de s’acharner contre Aung San Suu Kyi – grand vainqueur, en 1990, d’élections dont les militaires n’ont jamais reconnu le résultat, Prix Nobel de la paix, un an plus tard, pour son combat pacifique en faveur de la démocratie et personnalité si hors du commun qu’on ne peut la comparer qu’à Gandhi ou Nelson Mandela. En 2002, cette junte au pouvoir depuis 46 ans aujourd'hui lui avait rendu la liberté afin d’amadouer les pays occidentaux. Le pays entier l’avait alors saluée comme le héros national qu’elle est. D’une ville à l’autre, d’innombrables foules l’avaient ovationnée à chacun de ses déplacements. L’espoir était revenu. L’aspiration à la liberté s’était tellement enhardie que, douze mois plus tard, Aung San Suu Kyi était à nouveau sous les verrous et les militaires n’ont pas oublié l’erreur qu’ils avaient alors commise. L’année prochaine, ils organisent des élections, les premières en vingt ans, destinées à légitimer leur régime et à préparer le retrait de leur chef, le général Than Shwe, président du Slorc, le Conseil d’Etat pour la loi et la restauration de l’ordre. Pour eux, ce vote doit effacer les élections de 1990. Tout, impérativement, doit montrer que le peuple les aime tant qu’il veut proroger leur pouvoir mais, le 27 mai prochain, arrivée au terme de son énième mandat de détention, Aung San Suu Kyi aurait du être libérée sauf à ce que les lois du régime elles-mêmes soient publiquement bafouées. Pour les militaires, le cauchemar de 2002 allait se reproduire. Aung San Suu Kyi allait pouvoir se montrer, redonner espoir à la Birmanie, la remobiliser à l’approche de ces élections. Non ! Trop dangereux, intolérable pour le Slorc qui a miraculeusement trouvé, au début du mois, un Américain pour s’introduire au domicile de « la Dame », comme les Birmans l’appellent, et la mettre ainsi en violation des règles d’isolement de son assignation à résidence. L’affaire reste obscure. Cet Américain, un mormon, était-il manipulé ou simplement stupide ? On ne sait pas mais Aung San Suu Kyi comparait, depuis lundi, devant ce qu’on ne peut appeler « la Justice » et ne retrouvera pas de sitôt la liberté. On peut, on doit, crier, hurler, tapisser voitures et façades de son portrait, bombarder l’ambassade birmane de protestations. Toute personne qui s’est trouvée dans un pays où agonise l’espoir connaît l’importance de savoir qu’on n’est, au moins, pas oublié du monde mais il n’y a pas d’illusions à se faire. Forte de l’appui de la Chine, son principal client, surarmée et propriétaire du pays, la junte birmane ne cédera pas. Il en va de sa sécurité, de ses biens, de son pouvoir sur un Etat qu’elle estime avoir sauvé, en 1962, des déchirements interethniques et de l’éclatement. C’est une femme contre une armée.

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