C’était une journée du monde d’aujourd’hui, où tout se tient et chaque pays compte, où ceux qu’on appelait, autrefois, les « grands » doivent désormais compter avec des petits qui ont pris du poids. Hier, Barack Obama, premier président métis d’une superpuissance qui ne reconnaissait pas les mêmes droits à ses citoyens noirs et blancs il y encore 50 ans, recevait Felipe Calderon, président d’un pays, le Mexique, qui n’était qu’une « arrière-cour » des Etats-Unis il y a encore 25 ans. Dès son arrivée à la Maison-Blanche, loin de se comporter en vassal, Felipe Calderon s’est exprimé en égal, rappelant « l’énorme contribution » des Mexicains à l’économie américaine, de ces immigrés qui doivent pourtant, a-t-il dit, « vivre dans l’ombre et parfois supporter, comme en Arizona, des cas de discrimination ». Loin de le rabrouer, Barack Obama lui a implicitement donné raison, déplorant explicitement que l’Arizona, grande porte d’entrée des Mexicains aux Etats-Unis, vienne d’autoriser ce qu’on appelle, en France, les contrôles au faciès, ces vérifications d’identité qu’aucun délit ne justifie. Sans doute était-ce un peu le métis qui parlait, là, en connaissance de cause. C’était beaucoup, aussi, l’homme politique qui pensait aux voix des Américains d’origine « hispanique » mais c’était, surtout, avant tout, un président qui sait que le Mexique est actuellement l’un des 10 membres non-permanents du Conseil de sécurité dont les 5 membres permanents, les grandes puissances de l’après-guerre, viennent de présenter, lundi, un projet de résolution visant à instaurer de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran. La voix du Mexique pèsera lourd au Conseil. Le Mexique pourrait faire le vote car deux autres des non-permanents, le Brésil et la Turquie, deux pays émergents à la croissance vigoureuse, ont scellé, le week-end dernier, un accord avec l’Iran qui résoudrait, martèlent-ils, la crise provoquée par les ambitions nucléaires de la République islamique. Le Brésil et la Turquie ont pris en main ces affaires du monde qui ne se réglaient, hier, qu’entre les grands et, quelle que soit leur stupeur de voir ainsi bousculer leurs arrangements si difficilement négociés, les grandes puissances doivent ménager le Brésil, plus grand Etat d’Amérique latine qui pourrait devenir une nouvelle Chine, et la Turquie dont l’influence grandit chaque jour au Proche-Orient et en Asie centrale, sur ces terres qui étaient siennes lorsqu’elle était encore l’Empire ottoman, disloqué par la France et la Grande-Bretagne à la fin de la Première Guerre mondiale. Soucieux de sceller avec le Brésil une connivence à laquelle il travaille depuis son élection, Nicolas Sarkozy avait dit, mardi, sa « reconnaissance et son plein soutien » au président brésilien pour l’accord de Téhéran alors même qu’il est le plus ardent partisan de sanctions contre l’Iran. Ente deux conversations avec Felipe Calderon, Barack Obama a, lui, longuement appelé le Premier ministre turc pour ménager la susceptibilité d’un pays membre de l’Otan mais que les Etats-Unis parviennent de moins en moins à maintenir dans leur sillage. De l’Arizona aux mollahs, le monde n’est plus qu’un mais, pour l'heure, la perspective de sanctions onusiennes paraît beaucoup inquiéter les dirigeants iraniens.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.