Il y a huit jours, c’est le secrétaire d’Etat américain qui avait ouvert le bal. Reçu sur les bords de la Mer noire, à Sotchi, la station balnéaire que prise tant Vladimir Poutine, il s’y était longuement entretenu, deux fois quatre heures, avec le président russe et son ministre des Affaires étrangères, avait martelé sur tous les tons que les Etats-Unis et la Russie se devaient de coopérer sur la scène internationale et avancé, surtout, une proposition.

Si les accords de Minsk et la trêve qu’ils prévoient étaient respectés en Ukraine orientale, avait-il déclaré, les sanctions économiques prises contre la Russie après son annexion de la Crimée pourraient être levées. La Russie n’avait pas réagi, pas publiquement en tout cas mais, avant-hier, c’était au tour de la secrétaire d’Etat adjointe pour l’Europe et du représentant américain pour la Syrie, Victoria Nuland et Daniel Rubinstein, d’être reçus à Moscou.

Rien n’a filtré de ces nouveaux entretiens mais ils ont bien évidemment porté sur ces deux dossiers les plus difficiles des relations américano-russes que sont l’Ukraine et la Syrie et force est ainsi de constater que le rendez-vous de Sotchi n’a pas été vain et qu’un dialogue se rouvre entre Washington et Moscou.

Il y a tout lieu de s’en féliciter puisque le pouvoir de nuisance de la Russie est tel que, sans elle, il ne peut pas y avoir de stabilité internationale, pas plus au Proche-Orient qu’en Europe. C’est pour cela que la France, l’Allemagne et l’ensemble de l’Union européenne n’ont jamais rompu le contact avec Vladimir Poutine même aux moments les plus chauds de la crise ukrainienne mais comment arriver, tenter d’arriver, à un modus vivendi avec la Russie ?

Ce ne sera pas facile parce que Vladimir Poutine veut à la fois reconstituer l’Empire russe sous forme d’une union économique dont Moscou serait le cœur, remettre pour cela la main sur les anciennes Républiques soviétiques devenues indépendantes et, néanmoins, entretenir avec les pays occidentaux des relations d’égal à égal que ne justifient ni l’état ni le comportement de son pays.

Il faut à la fois coopérer avec Moscou car le réalisme y oblige et ne pas donner le sentiment à Vladimir Poutine que tout lui serait permis dans ce qui fut l’Union soviétique au seul motif qu’il peut compliquer, et considérablement, les relations internationales. Etroite, la voie n’est pas impraticable mais à quatre conditions.

La première est de ne jamais accepter l’inacceptable et de le sanctionner, au contraire, comme les pays occidentaux ont eu raison de le faire avec les sanctions économiques suscitées par l’affaire ukrainienne. La deuxième est de donner des garanties de sécurité à la Russie en déclarant que l’Otan abandonnera toute idée de nouvel élargissement vers ses frontières aussitôt qu’elle se sera elle-même engagée à respecter la neutralité et l’intégrité territoriale des pays sortis de l’URSS et dont elle voudrait refaire des protectorats.

La troisième condition est de passer sans le dire mais de fait l’annexion de la Crimée par profits et pertes. Quant à la quatrième, elle est de proposer à la Russie l’ouverture de négociation sur un pacte de stabilité et de coopération en Europe qui lui serait aussi nécessaire et profitable qu’à l’Union européenne.

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