Filmé en train de pactiser avec une pseudo-oligarque russe, le leader de l’extrême-droite autrichienne démissionne du gouvernement et la coalition implose. Gênant pour ses alliés Marine Le Pen et Matteo Salvini.

Manifestation spontanée à Vienne, samedi 18 mai, à la découverte du scandale entourant le vice-premier ministre et leader de l’extrême droite Hans-Christian Strache, accusé sur certaines pancartes d’être un « néo-nazi ».
Manifestation spontanée à Vienne, samedi 18 mai, à la découverte du scandale entourant le vice-premier ministre et leader de l’extrême droite Hans-Christian Strache, accusé sur certaines pancartes d’être un « néo-nazi ». © AFP / Askin Kiyagan / ANADOLU AGENCY

Ce qui se passe depuis 48 heures en Autriche constitue un véritable coup de théâtre dans cette campagne des élections européennes, qui mériterait qu’on y prête plus d’attention. L’extrême droite autrichienne, partenaire-clé de l’alliance avec le Rassemblement national français et la Ligue de Matteo Salvini en Italie, est en effet au centre d’un scandale retentissant, qui met à mal le « modèle autrichien » tant vanté par le courant nationaliste.

La coalition au pouvoir à Vienne depuis octobre 2017, entre la droite classique et l’extrême droite, a en effet implosée à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant le vice-premier ministre, et leader du parti d’extrême droite FPÖ, Heinz-Christian Strache, en train de pactiser avec une pseudo oligarque russe lors d’une soirée bien arrosée à Ibiza ; il y négocie l’octroi de contrats publics autrichiens en échange de soutiens financiers, et l’encourage même à racheter le principal journal autrichien pour en faire un organe favorable à son parti.

Le scandale est tel en Autriche que le vice-premier ministre a aussitôt démissionné, et que le chef du gouvernement, Sebastian Kurz, a décidé de convoquer des élections législatives au plus vite, déclarant que « trop c’est trop ».

L’un des enjeux de ce scrutin est le poids de l’extrême droite dans le futur parlement. Ses dirigeants espèrent déplacer le centre de gravité politique du continent plus à droite, et l’Autriche faisait figure de laboratoire.

L’alliance entre un parti conservateur classique et la formation d’extrême droite était devenue un modèle à suivre pour certains. Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, chef de file des « illibéraux », avait même publiquement déclaré qu’il préférait le modèle autrichien au modèle allemand, c’est-à-dire une alliance avec l’extrême droite plutôt qu’avec les socio-démocrates comme à Berlin. 

L’explosion en plein vol, à huit jours du scrutin, prive donc les partisans de la droite dure et de l’extrême droite d’un puissant argument de campagne, juste à l’entrée de la dernière ligne droite.

Marine Le Pen s’est appuyée dans sa campagne sur ses alliés au pouvoir dans plusieurs pays d’Europe pour donner du poids à son programme, citant évidemment l’Italie de Matteo Salvini, où elle se trouvait encore ce weekend pour un meeting, mais aussi l’Autriche. 

L’an dernier, elle s’enthousiasmait sur les réseaux sociaux : « Après le FPÖ en Autriche, la Ligue en Italie. Nos alliés arrivent au pouvoir et ouvrent des perspectives époustouflantes, avec en ligne de mire le grand retour des Nations ! », écrivait-elle.

Mais voilà, son allié autrichien était nationaliste en public, mais négociait des contrats financiers avec Moscou en privé. 

Cette affaire n’aura sans doute que peu d’impact sur les électeurs en dehors de l’Autriche, car le vote reste très national. Mais ce scandale vient fragiliser une stratégie de conquête qui reposait en partie sur le succès du « parti frère » autrichien, aujourd’hui en disgrâce.

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