Les États-Unis veulent priver la Chine d’accès aux indispensables semiconducteurs, secteur dans lequel elle a du retard. L’équipementier télécom chinois, Huawei, court un danger mortel dans cette escalade dans la rivalité sino-américaine.

Le logo de TSMC, Taiwan Semiconductors Manufacturers, numéro un mondial de la fabrication des puces électroniques les plus sophistiquées, au centre de la rivalité sino-amércaine.
Le logo de TSMC, Taiwan Semiconductors Manufacturers, numéro un mondial de la fabrication des puces électroniques les plus sophistiquées, au centre de la rivalité sino-amércaine. © AFP / SAM YEH / AFP

L’administration Trump pense avoir trouvé le talon d’Achille de la Chine, et a décidé de frapper là où ça fait mal. Ce point faible, ce sont les semiconducteurs, ces puces électroniques qui donnent leur puissance à nos smartphones et ordinateurs, et sont devenus le pétrole du 21e siècle. La Chine a encore quelques années de retard dans la production des formes les plus avancées de puces, et Washington veut en profiter.

Les États-Unis ont adopté de nouvelles mesures qui auront pour effet de priver l’équipementier télécom chinois, Huawei, dès le mois de septembre 2020, de ces précieux composants indispensables. Washington a déjà interdit aux entreprises américaines de vendre la moindre vis à Huawei ; désormais, toute entreprise au monde utilisant un élément de technologie américaine devra se conformer à cet embargo, une extraterritorialité dont les Américains sont coutumiers.

Selon les experts du secteur, cette mesure fait courir un danger mortel à Huawei, fierté de l’économie chinoise, numéro un mondial des équipements télécom et pionnier de la 5G ; une entreprise au chiffre d’affaires global de plus de cent milliards d’euros, et comptant près de 200.000 salariés. 

Huawei est devenu le symbole de la puissance émergente chinoise. Son irrésistible ascension a commencé à inquiéter Washington, qui a fait arrêter il y a déjà 18 mois, à Vancouver, la directrice financière de l’entreprise, fille du fondateur, accusée d’avoir violé les sanctions contre l’Iran. Elle tente toujours d’échapper à une extradition aux États-Unis.

Mais Huawei n’est que la partie visible de ce qui a pris la forme d’une guerre froide technologique, avec d’un côté des mises à l’écart du marché américain ; de l’autre des incitations aux entreprises américaines à cesser de produire en Chine dans les secteurs stratégiques. 

Au centre de cette rivalité, il y a une société : TSMC, Taiwan Semiconductors Manufacturers, une entreprise taiwanaise, numéro un mondial du secteur des semiconducteurs. TSMC était jusqu’ici le fournisseur attitré de Huawei, mais va devoir cesser de livrer l’entreprise chinoise, sur injonction américaine.

Mais surtout, Donald Trump a convaincu, il y a quelques jours, TSMC d’investir 12 milliards de dollars pour installer une usine de puces aux États-Unis, donnant naissance à un axe dominant américano-taiwanais. C’est un vrai tournant.

La carte technologique du monde est en train de changer, car les Américains ne veulent pas perdre leur leadership des technologies avancées au profit de leur rival stratégique du 21e siècle. Ils ont décidé de « découpler » les deux économies dans les secteurs sensibles, là où on parlait hier encore d’interdépendance.

La Chine de Xi Jinping avait annoncé la couleur en publiant son « plan 2025 », listant les technologies dans lesquelles Pékin veut être leader. 

Ce document a sonné l’alarme à Washington, rappelant ce que les historiens appellent le « moment Spoutnik », du nom du premier satellite soviétique lancé dans l’espace en 1957, faisant prendre conscience aux États-Unis de leur retard. 

Soixante ans plus tard, c’est la même logique qui est à l’œuvre avec un nouveau rival, la Chine.

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