La Pologne et l’Ukraine voisines en avaient rêvé mais il n’y aura sans doute pas de révolution pacifique au Bélarus, l’ancienne Biélorussie soviétique. Après que des sondages sortie des urne eurent annoncé hier, plus de deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, que le Président sortant, Alexandre Loukachenko, serait réélu avec plus de 80% des voix, après cette ultime manipulation, les candidats de l’opposition n’ont pas réussi à réunir plus de sept ou dix mille personnes au cœur de Minsk, la capitale. Un nouveau meeting devrait se tenir ce soir mais le cœur n’y est pas vraiment et la prudence bride la contestation car Alexandre Loukachenko a promis de « briser la nuque » à quiconque s’opposerait à cette élection et que ce n’est pas qu’un excès de langage dans un pays où quatre opposants ont disparu depuis 1999. Son nouveau mandat, le troisième, paraît ainsi acquis au Président sortant, par la fraude et l’intimidation, mais est-il sûr qu’il en aurait été autrement si la campagne avait été démocratique, si le seul quotidien indépendant du pays n’avait pas été saisi, si la télévision n’avait pas été réservée au pouvoir en place et si près de trois cents personnes n’avaient pas été arrêtées, jusque dans l’entourage direct du principal candidat de l’opposition, Alexander Milinkevitch, qui conteste aujourd’hui le résultat ? Difficile à dire puisqu’il n’y a pas eu de libre débat. Les pourcentages auraient certainement été différents mais le grand paradoxe de l’iniquité de cette élection est qu’elle pourrait bien empêcher de voir l’ampleur des réels soutiens dont bénéficie Alexandre Loukachenko. Même à l’issue d’une véritable élection, peut-être aurait-il pu arriver en tête du premier tour, voire remporter le second, car sa force est de se réclamer des liens avec la Russie dans un pays slave qui, contrairement à l’Ukraine, n’est pas divisé entre uniates, rattachés à Rome, et orthodoxes, rattachés à Moscou, mais orthodoxe dans son écrasante majorité. Le Bélarus, la Russie blanche, est une petite Russie, d’autant plus attachée à sa grande sœur que l’option européenne n’était en rien d’actualité dans cette élection car, presse aux ordres ou pas, la population sait bien ce qui se passe autour d’elle. Elle a vu l’embarras de l’Union européenne lorsque les Ukrainiens s’étaient jetés l’année dernière dans ses bras. Elle a entendu Bruxelles et toutes les capitales européennes faire comprendre, à la seule exception de Varsovie, qu’il était urgent d’attendre. Elle savait que l’Europe est en panne, que cette panne tient beaucoup à l’élargissement et que, si l’Ukraine a été priée de faire antichambre, le Bélarus le serait plus encore. L’option européenne étant fermée à ce pays, les candidats de l’opposition n’avaient pas grand-chose d’autre à proposer que le maintien des liens avec la Russie qui, elle, revenus pétroliers aidant, à des atouts à faire valoir, ceux d’une économie en bonne forme et d’une position internationale qui se renforce. Voter pour l’opposition, c’était voter pour les libertés mais également pour l’incertitude et des tensions avec la Russie et cela, aussi, a pesé lourd.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.