Qu’il parvienne ou non à redresser sa campagne en perte de vitesse, c’est un grand, un très grand monsieur. Depuis hier, Barack Obama a vu fondre son avance sur Hillary Clinton et John McCain. Un sondage ne lui donne plus que trois points d’avance sur sa rivale démocrate et le donne, surtout, perdant de six points contre le candidat républicain alors qu’il le devançait d’autant il y a encore peu. Cette dégringolade a une explication. Souhaitant rompre avec sa fascination pour cet outsider, la presse américaine a fouillé la vie de Barack Obama. A défaut d’y trouver quoi que ce soit de pendable, elle a exhumé des sermons prononcés par Jeremiah Wright, le pasteur de l’église noire qu’il fréquente à Chicago, l’homme qui l’a marié avant de baptiser ses deux filles. Ce pasteur est un militant de la cause noire et l’une de ses phrases a tétanisé les Américains. Plutôt que de dire, comme d’usage, « Dieu bénisse l’Amérique », avait lancé ce pasteur il y a bien longtemps, les Noirs américains devraient dire « Dieu maudisse l’Amérique » pour ce que les Blancs leur y ont fait. Emotion. Scandale. Ce candidat qui se présentait comme celui de l’unité nationale, au-delà des races, serait donc le disciple d’un directeur de conscience qui prêche le ressentiment et la vengeance ? D’autres phrases, aussi terribles et plus récentes, ont été ressorties, enregistrements à l’appui, et Barack Obama, soudain, est apparu perdu. Peut-être l’est-il mais, dos au mur, profondément ébranlé avant même que ce sondage ne sorte, ce jeune sénateur s’est rendu, mardi, à Philadelphie, la ville de la déclaration d’indépendance américaine, pour y prononcer un discours d’une rare hauteur de vue. Après avoir rappelé qu’il était à la fois Blanc et Noir, qu’il avait été amoureusement élevé par ses grands-parents blancs qui n’étaient pourtant pas exempts de racisme et qu’il pouvait comprendre les Blancs comme les Noirs car tous étaient sa famille, dans sa famille, Barack Obama a condamné les propos de son pasteur. Ils relèvent, a-t-il dit, d’une « vision dans laquelle le racisme blanc est endémique et qui place ce qui ne va pas en Amérique au dessus de tout de ce qui est bien ». C’était là des propos condamnables et « diviseurs dans un moment où nous avons besoin d’unité », a-t-il ajouté, mais le pasteur Wright, est un homme qui a grandi aux temps de la ségrégation, a-t-il poursuivi, et « aussi imparfait qu’il soit, je ne peux pas plus le renier que je ne peux renier la communauté noire, une partie de moi et de l’Amérique, le pays que j’aime ». Et là, Barack Obama a commencé à raconter l’Amérique – celle du passé esclavagiste, celle de la lutte pour l’égalité et celle aussi, décrite une avec infinie justesse, des plus pauvres des Blancs qui voyaient soudain des Noirs leur être préférés, dans l’emploi, au nom de l’équité raciale et qui se sont alors ralliés à Ronald Reagan, à la droite républicaine, avant d'assister à la délocalisation de tous les emplois, noirs et blancs, au nom du profit. On enrage de ne pas pouvoir tout citer mais on voudrait qu’un quotidien traduise ce discours, en entier, car Barack Obama a fait face, parlant vrai, disant tout, en grand, très grand monsieur qui mériterait vraiment de devenir Président.

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