Ce n’est pas une certitude. On peut aussi imaginer que, sous ce casque intégral, se cache un islamiste partisan de la guerre sainte, un homme qui aurait voulu s’attaquer aux « judéo-croisés » comme on dit à al Qaëda, tuer à la fois des Juifs et des soldats, qui plus est musulmans, des traitres donc, dont l’armée est engagée en Afghanistan.

C’est une possibilité mais pas du tout la plus probable car le vengeur solitaire, les cibles indistinctement noire, musulmanes et juives, la froideur dans le meurtre et l’absence de revendication, tout cela évoque plutôt ces terrifiants paranoïaques qui ont déjà frappé ailleurs, ces hommes pour lesquels l’Europe serait en état de siège, menacée dans son identité, déjà envahie et appelée à se défendre avant de succomber sous le nombre. Ils sont heureusement rares à passer à l’acte mais attention !

En juillet dernier, un Norvégien qui se voyait en nouveau « templier » s’est senti le devoir d’aller assassiner 77 jeunes socialistes au nom de la lutte contre l’islam. En décembre, un Italien a trouvé nécessaire d’aller tirer sur des vendeurs de rue sénégalais, en tuant deux et en blessant trois autres en plein cœur de Florence. L’Allemagne découvre aujourd’hui que huit mystérieux meurtres d’immigrés avaient été l’œuvre de jeunes gens décidés à débarrasser leur pays de l’infâme étranger et, tous si semblables, ces crimes ont un contexte.

Aux Pays-Bas, l’une des formations de la majorité gouvernementale, le PVV, un parti qui s’était constitué pour lutter contre les musulmans, en est maintenant à appeler sur son site à la dénonciation des « nuisances » qui seraient causées par les immigrés d’Europe centrale et orientale, de pays membres de l’Union européenne, et le Premier ministre refuse de désavouer cet allié. En Hongrie, ce sont les Roms et les Juifs, hier exterminés par les nazis, qui sont explicitement ciblés par des partis liés à la majorité gouvernementale. En Bulgarie, ce sont les Turcs qui sont désignés comme la menace à combattre et dans chaque pays d’Europe ou presque, du Nord au Sud, des partis de moins en moins marginaux et souvent influents se réclament ouvertement du rejet de l’autre et contaminent de grands partis qui se croient obligés de faire la part du feu au lieu de nettement dire : « Pas de ça ! ».

Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Europe et cela est d’autant plus inquiétant que les causes en sont profondes.

Encore minoritaire mais toujours croissante, une partie des Européens a peur d’un siècle où elle ne reconnaît plus, de ces puissances émergentes dont la concurrence ferme les usines, de ces pays arabes en ébullition, de ces multinationales plus fortes que les Etats-nations et de cette Union européenne qui se bâtit si loin d’eux. A défaut de comprendre - car personne ne se soucie de s’adresser à leur intelligence - que ces changements sont irréversibles et que l’Union est faite pour affirmer une puissance publique européenne à même d’affirmer l’Europe, ces Européens accusent l’étranger de ces étrangetés, veulent fuir dans un passé révolu et refermer les frontières nationales dans l’espoir de retrouver les cadres familiers d’une sécurité passée et mythifiée. Toute une partie de l’Europe a peur et la peur est mauvaise conseillère.

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