L'imbroglio chypriote Et maintenant ? Eh bien maintenant que le Parlement chypriote a rejeté les termes du plan d’aide européen, c’est une période de totale incertitude qui s’ouvre pour Chypre, l’Union européenne et tout l’Est de la Méditerranée, la région où se situe cette île au large des côtes proche-orientales. La Banque centrale européenne a aussitôt fait savoir qu’elle continuerait d’apporter des liquidités aux banques chypriotes. Elle veut éviter l’effet domino que pourrait avoir la faillite d’un Etat de l’Union mais ne cela ne change à peu près rien à la réalité de la situation. Chypre a besoin de 17 milliards d’euros pour se maintenir à flots et n’est désormais plus près d’en disposer puisqu’elle n’aura ni les dix milliards que la zone euro devait lui prêter ni les six milliards qu’auraient dû lui rapporter les prélèvements sur ses dépôts bancaires dont les Européens avaient demandé la mise en œuvre en échange de leur aide. Chypre est en situation de survie précaire car ses élus sont pris en tenaille entre leur opinion publique et les capitales européennes. D’un côté, les Chypriotes refusent si viscéralement la ponction de leurs comptes que leurs députés n’ont pas osé lui donner force de loi, même dans la dernière version du plan d’aide qui exemptait de tout prélèvement les dépôts inférieurs à 20 000 euros. De l’autre, les capitales européennes ne veulent pas voler au secours de Chypre si les Chypriotes ne s’aident pas eux-mêmes parce qu’elles craignent d’avoir beaucoup de mal à vendre cela à leurs propres opinions et parce que Chypre, surtout, avait bâti sa prospérité sur les facilités financières et fiscales offertes aux sociétés fuyant l’impôt et aux capitaux, essentiellement russes, dont l’origine était au moins douteuse. A l’heure où toutes ses capitales sont en quête d’argent, les paradis fiscaux ne sont plus tout en odeur de sainteté en Europe. Le blocage est réel et le compromis d'autant plus difficile à trouver que Chypre ne peut pas décider de ne frapper que les plus gros dépôts bancaires et d'augmenter le taux de prélèvement qui leur serait appliqué car les capitaux russes et les sociétés étrangères qui avaient fait sa fortune en partiraient alors après avoir essuyé leurs pertes. Chypre ne sait plus entre quelles faillites choisir et le dilemme n’est pas moins grand pour le reste de l’Union car si l’un de ses pays, si petit soit-il, allait à la banqueroute sans qu’elle ne l’en sauve, c’est toute la crédibilité de la solidarité européenne qui serait remise en question avant que les taux auxquels empruntent l’Espagne, l’Italie, le Portugal, voire la France, ne s’envolent en conséquence. Une nouvelle crise européenne couve à Chypre et ce n’est pas tout car Chypre a un joker en la personne de… Vladimir Poutine. Dès hier, Gazprom, la société gazière russe, a proposé à Chypre de lui fournir tout l’argent dont elle a besoin en échange de contrats d’exploitation des réserves de gaz que recèlent ses eaux territoriales. La Russie ferait ainsi coup triple. Elle mettrait la main sur ces réserves, éviterait une ponction de ses dépôts dans les banques chypriotes et prendrait position au large des côtes proche-orientales. Ce serait alors un imbroglio stratégique car, pour ne rien arranger, ces réserves gazières sont également revendiquées par Israël, la Grèce et la Turquie.

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