Tout va si vite, et pour le pire, en Ukraine qu’il faut déjà s’interroger sur les conséquences internationales de cette crise. Personne n’aurait imaginé qu’on en arrive, hier, à quinze heures d’arrestation par les Russes du commandant en chef de la flotte ukrainienne en Crimée et que l’Ukraine instaure aussitôt des visas pour les ressortissants de Russie après avoir fait comprendre qu’elle pourrait couper les approvisionnements en eau et électricité de la presqu’île. L’inimaginable devient chaque jour réalité et force est ainsi de voir que cette crise européenne est grosse de trois grands changements internationaux.Déjà en cours, le premier est une résurrection de l’Otan qui n’avait plus vraiment de raison d’être depuis l’éclatement du bloc soviétique et la désunion, surtout, de l’Union soviétique. Elle ne faisait, depuis, que se survivre et se demander à quoi elle pouvait désormais bien servir quand, soudain, l’annexion de la Crimée répond à cette question. Faute d’une défense européenne, c’est vers l’Otan que se tournent les trois Pays baltes parce qu’ils en font partie comme de l’Union européenne, que leurs populations comptent de très nombreux russophones, russes ou venus d’autres anciennes républiques soviétiques, et que la Lettonie, l’Estonie et la Lituanie s’inquiètent en conséquence beaucoup des troubles que les services russes pourraient organiser sur leur territoire. On n’en est pas là mais l’inquiétude est bien là, comme elle monte en Pologne et en Moldavie, et tous ces pays se tournent donc vers l’Otan et, derrière elle, les Etats-Unis qui y ont dépêché leur vice-président, qui rappellent que toute agression contre un pays de l’Alliance constituerait, aux termes de sa charte, une agression contre tous les pays qui en sont membres, Amérique comprise, et qui annoncent des manœuvres dans la Baltique et en Mer noire. Ce n’est pas rien et ce retour de l’Otan sur le devant de la scène est d’autant plus marquant que la seule vraie riposte à une accentuation des pressions russes pourrait être une intégration de l’Ukraine à l’Alliance atlantique, décision qui ferait immédiatement passer l’alerte du rouge au violet. Le deuxième changement qui s’esquisse concerne l’Iran. Face à la très probable réduction des importations de gaz russe par les Européens, la Russie aurait maintenant tout intérêt à ce que les négociations sur le nucléaire iranien traînent en longueur car leur succès ferait baisser les cours du pétrole et, partant, réduirait les rentrées de devises si nécessaires à son économie. Les Occidentaux, à l’inverse, n’aurait qu’avantage à cette baisse des prix du baril car elle réduirait les marges de manœuvre de Vladimir Poutine. Il devient ainsi possible que les Etats-Unis fassent miroiter à l’Iran plus d’avantages encore que prévu si accord nucléaire il y avait, que la négociation en soit facilitée et qu’en soient encore dégradées les relations de Washington avec ses alliés israélien et sunnites qui craignent, tous, l'Iran comme la peste. C’est toute la donne proche-orientale qui en serait modifiée et, troisième changement, c’est avec l’Iran et non plus la Russie qu’il faudrait alors chercher une solution au drame syrien. On n’en est pas là non plus mais ce sont déjà des scénarios que les chancelleries envisagent.

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