On ne peut pas gagner sur tous les tableaux à la fois. Sitôt après avoir remporté les élections israéliennes, c’est ce que Benjamin Netanyahou est en train de réaliser car le fait est qu’il vient de sérieusement éroder le soutien des Etats-Unis à son pays.

Retour en arrière.

Donné perdant par les sondages, le Premier ministre sortant les avait spectaculairement fait mentir en déclarant lundi, à la veille du scrutin, qu’il n’y aurait pas de création d’un Etat palestinien tant qu’il serait aux commandes. C’est ce coup de barre à droite qui lui avait permis de détourner vers son parti, le Likoud, les voix de nombreux électeurs de petites formations plus à droite que la sienne. C’est ainsi qu’il avait su faire du Likoud le premier parti israélien, celui auquel ne pouvait que revenir la tâche de former le gouvernement sur la composition duquel les partis religieux et d’extrême-droite auront moins de poids qu’ils ne l’espéraient puisque cette manœuvre leur a fait perdre beaucoup d’électeurs et de sièges.

On n’aura pas la tentation d’applaudir mais, oui, c’était bien joué sauf…

Sauf que Benjamin Netanyahou ne pouvait pas répudier la solution à deux Etats sans se mettre à dos les Palestiniens et les pays arabes, bien sûr, mais également l’Europe et les Etats-Unis. L’Europe a froidement rappelé que la paix ne pouvait que passer par la création d’un Etat palestinien et la seconde salve est venue, hier, de la Maison-Blanche dont le porte-parole a annoncé que les Etats-Unis étaient amenés à « réévaluer » leur soutien diplomatique à Israël.

« Aux Nations Unies, a déclaré la Maison-Blanche, les décisions prises par les Etats-Unis étaient fondées sur cette idée d’une solution à deux Etats (mais), maintenant que notre allié a dit qu’il n’était plus engagé dans cette voie, nous devons réévaluer notre position et c’est ce que nous ferons ».

Cela signifie qu’Israël ne peut plus automatiquement compter sur le veto américain au Conseil de sécurité s’il s’y retrouve, comme souvent, en difficultés. Israël vient de perdre un soutien diplomatique qui lui était totalement essentiel et c’est un si grave revers pour ce pays que Benjamin Netanyahou s’est immédiatement rué sur les télévisions américaines pour expliquer qu’il n’avait pas dit ce qu’il avait dit lundi. « Je veux une solution durable à deux Etats. Je n’ai pas changé de politique. Ce qui a changé, c’est la réalité », a-t-il dit sur NBC en appelant les Palestiniens à des négociations « sincères ».

On en est là. On en est à un degré d’incertitude et de tensions que les relations israélo-américaines n’avaient pas connu depuis la crise de Suez en 1956 et il serait maintenant possible que Barack Obama mette sur la table, avant la fin de l’année, un plan de paix que les Etats-Unis et l’Union européenne sommeraient Israéliens et Palestiniens d’accepter tel quel. Cela inquiète en tout cas tant Benjamin Netanyahou qu’il pourrait tenter de préempter cette initiative en faisant ses propres propositions. On verra, mais sa victoire électorale est aussi éclatante qu’inconfortable et précaire.

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