C'est en 1968, dans la répression des manifestations étudiantes de Varsovie et l'écrasement du Printemps de Prague que le communisme est mort, avant que 89 ne l'achève.

Il fallait bien une explication. De Rome à Mexico, de Tokyo à Paris, de Berlin à San Francisco, la génération des années 60 descendait dans la rue avec une telle simultanéité et tant de points communs que bien des responsables occidentaux n’avaient alors pas tardé à trouver le coupable.

« Le KGB, vous dis-je ! Le KGB », allaient-ils murmurant mais ils n’auraient pas pu commettre plus grande erreur car la première conséquence des sixties, des années soixante, fut l’effondrement du soviétisme. On disait hier le rôle essentiel qu’ont joué les soixantards soviétiques dans la démocratisation de l’URSS sous Gorbatchev et la désunion soviétique qui s’ensuivit mais n’allons pas si loin. 

Restons dans les années 60.

En mars 68, il y a juste 50 ans, les étudiants polonais et beaucoup de leurs professeurs font grève et manifestent dans les plus grandes villes du pays parce que le pouvoir communiste avait interdit la représentation des Aïeux, la grande pièce du Victor Hugo polonais, Adam Mickiewicz. 

A chaque représentation, les plus jeunes des spectateurs applaudissaient à tout rompre les répliques dénonçant l’oppression tsariste de la Pologne. Ils dénonçaient ainsi l’oppression soviétique de leur pays et les leaders de ces manifestations, Karol Modzelewski, Adam Michnik, Jacek Kuron, pour ne citer qu’eux, devinrent bientôt les architectes de l’opposition polonaise puis les intellectuels de Solidarité, premier syndicat libre du bloc soviétique dont la naissance n’aura précédé que de neuf ans la chute du mur de Berlin.       

Le soviétisme a beaucoup perdu de son aura révolutionnaire dans les manifestations polonaises de mars 68 qui faisaient vibrer toute la génération des sixties mais, pour le « socialisme réel » comme disait la Pravda, le coup de grâce fut avant tout tchécoslovaque. 

A Prague, en l’An de grâce 1968, écrivains, cinéastes, journalistes, toute l’intelligentsia poussait en faveur d’une démocratisation que soutenait le nouveau N°1 du parti, Alexandre Dubcek, parvenu aux commandes après que son parti eut totalement ignoré la déstalinisation de 1956. 

Parce qu’ils avaient raté le coche douze ans plus tôt, les communistes tchécoslovaques compensaient leur retard ou prenaient leur revanche en inventant le « socialisme à visage humain », la liberté sous le communisme, et le faisaient avec tant d’audace et de créativité qu’ils fascinaient tous les soixantards, soviétiques, américains et européens.

Au printemps 68, Prague était le phare du monde et lorsque, au mois d’août, les troupes soviétiques entrèrent dans cette ville et que le monde vit les jeunes Tchèques et Slovaques monter sur les chars en larmes en disant : « Mais que faîtes-vous ? », eh bien, ce jour-là le communisme s’est tiré dessus et ne s’en est jamais remis.

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