Les manifestations se déroulent quotidiennement en Algérie contre le maintien au pouvoir du président Bouteflika au-delà du 28 avril. Dans l’impasse politique, les déclarations du chef d’état-major, le général Gaïd Salah, intriguent.

Manifestation des personnels de santé, mardi 19 mars, dans les rues d’Alger, contre le maintien au pouvoir du Président Bouteflika au-delà de la fin de son mandat, le 28 avril prochain.
Manifestation des personnels de santé, mardi 19 mars, dans les rues d’Alger, contre le maintien au pouvoir du Président Bouteflika au-delà de la fin de son mandat, le 28 avril prochain. © AFP / RYAD KRAMDI / AFP

Cela fait plus d’un mois, que des manifestations ont lieu quotidiennement en Algérie, avec un temps fort chaque vendredi : elles sont massives, pacifiques, et ne laissent aucun doute sur le sentiment d’une grande partie des Algériens. Ces manifestations étaient d’abord contre le cinquième mandat brigué par le président Abdelaziz Bouteflika ; désormais pour qu’il ne reste pas au pouvoir à la fin de son mandat, dans cinq semaines.

Mais comment sortir politiquement de cette crise ? Dans les cercles du pouvoir comme de l’opposition, les scénarios sont passés en revue, mais aucun n’offre à ce stade de solution acceptable à la rue comme à ceux qui tiennent aujourd’hui l’État.

Si le pouvoir algérien espérait démobiliser la population, ou la diviser, avec l’annonce par Bouteflika qu’il ne se représenterait pas, il sait aujourd’hui que c’est raté. La rue est plus motivée que jamais. Le pouvoir n’en a pas encore tiré les leçons puisque, dans une nouvelle lettre, le président n’a pas modifié sa position : il restera bien au pouvoir au-delà du 28 avril, pour des mois sinon plus.

Dans ce contexte, les paroles d’un des rares hommes du pouvoir à s’exprimer sont disséquées comme une énigme du Sphinx égyptien : c’est le général Gaïd Salah, le chef d’état-major algérien. 

A 79 ans, à la tête de l’armée depuis quinze ans, le général Salah n’a rien d’un rebelle, et il a d’ailleurs été un des rares dignitaires reçus par Bouteflika ces derniers jours ; mais il fait entendre une petite musique qui intrigue. 

Le chef d’état-major de l’armée nationale populaire algérienne, le général Gaïd Salah, en mai 2014.
Le chef d’état-major de l’armée nationale populaire algérienne, le général Gaïd Salah, en mai 2014. © AFP / Farouk Batiche / AFP

Dans un discours prononcé loin d’Alger, dans la 3ème région militaire, le général a rendu hommage au « patriotisme » et au « civisme inégalé » des Algériens, qui ont suscité, a-t-il dit, « une vive admiration partout dans le monde ». Le chef d’état-major s’est engagé « devant Allah, devant le peuple et devant l’histoire, pour que l’Armée nationale populaire demeure, a-t-il dit, le rempart du peuple et de la nation dans toutes les circonstances ».

Cette phrase du chef d’état-major peut évidemment être interprétée de différentes manières, y compris comme un signe en direction des manifestants. Et, dans leurs slogans contre le régime, les manifestants ménagent eux-aussi l’armée depuis le début.

Mais l’armée est-elle pour autant « l’arbitre » de la contestation, comme le suggérait hier Le Monde ? Il faut avancer prudemment face à un pouvoir à l’opacité absolue, au sein duquel les tractations doivent être intenses. S’agit-il de tout changer pour que rien ne change, ou d’entrer réellement dans une nouvelle ère ? Trop tôt pour le dire.

L’armée a perdu ces dernières années certains de ses généraux les plus politiques, comme Mohamed Médiène, l’ancien chef tout puissant du renseignement militaire. Cela permet à un vieil officier comme le général Salah, sans grand passif tout en étant du système, d’être en position de… de quoi ? Nul ne sait encore, tant la situation algérienne est fluctuante ; mais elle ne le sera pas éternellement.

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