« L’Afrique doit se réveiller », s’est exclamé le Directeur Général de l’OMS, alors que des foyers locaux de contamination ont été identifiés dans plusieurs pays. Le continent est loin d’être préparé.

Mesure préventive de désinfection des lieux publics dans les rues de Nairobi, la capitale du Kenya, qui redoute la pandémie de Covid-19.
Mesure préventive de désinfection des lieux publics dans les rues de Nairobi, la capitale du Kenya, qui redoute la pandémie de Covid-19. © AFP / TONY KARUMBA / AFP

L’Organisation mondiale de la Santé, l’OMS, a lancé un appel à l’Afrique à se « réveiller », c’est le mot employé, face à la menace du coronavirus. Le Directeur Général de l’OMS, Tedros Adhanom Gebreyesus, lui-même originaire d’Éthiopie, s’est montré émotionnel et personnel : « l’Afrique doit se réveiller, mon continent doit se réveiller », a-t-il dit.

Lorsque le virus est sorti des frontières de la Chine, le continent africain a semblé un temps épargné, jusqu’à générer des théories fantaisistes sur la chaleur ou la peau noire qui bloqueraient l’épidémie. C’est fini, et s’il y a aujourd’hui, officiellement, moins de mille cas sur l’ensemble du continent, qui compte plus d’un milliard d’habitants, c’est suffisant pour savoir que des foyers de contamination locaux se sont créés, et qu’il est urgent d’agir. Les premiers morts ont sonné l’alarme, comme au Burkina Faso, où c’est une vice-présidente du Parlement qui a succombé.

Le premier réflexe, comme partout, a été de se barricader. Les frontières se ferment, les vols sont annulés, le Nigéria, le pays le plus peuplé d’Afrique, a interdit l’entrée à toute personne provenant d’un pays comptant plus de mille cas. La Tunisie a instauré le couvre-feu, et à l’autre bout du continent, l’Afrique du Sud, avec 150 cas dont une partie en contamination locale, a décrété un « état de désastre national ».

La prise de conscience est là que l’Afrique pourrait être, après l’Asie, l’Europe et l’Amérique du nord, le prochain continent de la pandémie. Et cette perspective fait frémir, sur un continent qui est très loin d’avoir un système de santé capable de faire face.

Les difficultés possibles sont nombreuses, mais principalement de deux ordres : les premières liées à la faiblesse des États, et donc des infrastructures de santé publique ; les secondes plus politiques, liées au manque de confiance dans des gouvernements contestés ou impuissants.

Même un pays comme l’Afrique du Sud, principale économie du continent, traverse actuellement sa plus grave crise économique, politique et même morale, depuis la fin de l’apartheid, et la parole publique a du mal à s’imposer sur une épidémie qui semble encore lointaine.

Les populations africaines ont certes l’expérience des grandes alertes sanitaires, qu’il s’agisse du paludisme, du VIH ou d’Ebola. La dernière épidémie d’Ebola, dans l’Est de la République démocratique du Congo, vient à peine d’être surmontée après avoir fait plus de 2000 morts. Mais le travail des équipes médicales s’est heurtée à un obstacle inattendu, avec des attaques de groupes armés qui les accusaient d’avoir amené le virus avec elles ; le type de réactions fondé sur des rumeurs ou des calculs politiques, qui pourrait gêner la lutte contre le Covid-19.

Les États africains savent qu’ils ne peuvent pas compter sur une aide des pays occidentaux, ils ont déjà fort à faire chez eux. Les Africains ont un nouvel « ami », la Chine, qui multiplie les gestes de solidarité, très appréciés, et a tenu cette semaine une vidéoconférence avec les services de santé de 24 pays du continent. 

Cette mobilisation ne sera efficace que si les sociétés africaines s’emparent de la menace et décident de faire front, en particulier dans les quartiers populaires des mégapoles, comme Lagos ou Nairobi, où l’État est peu présent. C’est un test redoutable pour un continent dont la quête de modernité va devoir affronter un nouvel ennemi, invisible celui-là.

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