Sur le coup, personne ne l’avait pris au sérieux. Lorsque le général Mitzna annonce, le 13 août dernier, qu’il se porte candidat à la tête du parti travailliste, il n’est que le maire d’Haïfa, un militaire aux états de service prestigieux, un homme intègre et pondéré qui a su préserver dans sa ville les bonnes relations qu’y entretiennent traditionnellement Juifs et Arabes mais un outsider aussi, sans notoriété nationale ni soutiens dans l’appareil du parti. Ses chances paraissent alors si faibles que même les chefs de file du camp pacifiste refusent, par réalisme, de tabler sur lui. Ils s’étaient trompés. Trois mois plus tard, Amram Mitzna a été plébiscité par les militants travaillistes qui ont décidé hier, 54% des voix, d’en faire leur champion pour les élections du 28 janvier. En trois mois, la gauche s’est réveillée. Elle était tétanisée depuis deux ans. On la disait cassée par l’échec de ses tentatives de compromis avec Yasser Arafat. Elle était bâillonnée par sa participation au gouvernement d’Ariel Sharon mais cet homme l’a ressuscitée en promettant, s’il était élu, de faire immédiatement évacuer Gaza et de proposer aux Palestiniens une reprise, sans conditions ni préalables, même avec Yasser Arafat, des négociations de paix. C’est la gauche, dira-t-on. Oui, c’est la gauche mais, avant de croire que les sondages anticipent obligatoirement les élections de dans deux mois, avant de se résigner à la victoire de la droite ou de l’espérer, on devrait se souvenir que la gauche, comme la droite, avait perdu espoir en la paix, que la majorité du pays continuait pourtant à soutenir l’idée d’un compromis, que la gauche était à l’image du pays et que rien n’empêche le pays de se retourner demain comme la gauche vient de le faire grâce à ce nouveau Rabin. Ce n’est pas joué. Ce n’est pas le plus probable. Cela tiendrait, en vérité, du miracle mais le général Mitzna, lui, y croit et l’annonce. C’est l’heure de la paix, dit-il, car ces deux années de sang, explique-t-il, ont au moins eu un mérite, celui de faire comprendre aux Palestiniens qu’ils ne pourraient pas mettre Israël à genoux et aux Israéliens que la seule force ne menait à rien et qu’il n’y aurait pas de sécurité sans compromis. Nous sommes en train, ajoute-t-il, de ruiner le pays, la guerre en est la cause, c’est elle qui fait exploser le chômage, ferme les portes des entreprises, vide les hôtels et les caisses de l’Etat et le seul moyen de rétablir l’économie est de faire la paix. Le discours est clair, simple, pragmatique et ce général qui est tout sauf un naïf a une idée force. Si les négociations n’aboutissent pas, dit-il, eh bien il faudra ériger un mur entre Israël et les Palestiniens, une barrière de sécurité, un barrage à l’abri duquel Israël pourrait retrouver la paix, un mur qui passerait aussi entre les Jérusalem arabe et juive. Il veut ainsi sauver des vies et rassurer les Israéliens, leur permettre de retrouver une vie normale mais aussi créer une situation de fait, arriver, même sans accord, à la coexistence de deux Etats, une coexistence qui resterait armée jusqu’à des jours meilleurs mais instaurerait, sans attendre, l’Etat palestinien qui devra bien finir, un jour, par exister. Le général Mitzna a dix semaines pour convaincre mais, même s’il perdait, Israël retrouve, avec lui, l’opposition qui lui manquait.

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