C’était une idée qui était devenue une arme mais si dangereuse à manier que Paris et Berlin s’empressent aujourd’hui de la rengainer. Cette idée d’une complète coordination des politiques allemande et française, d’une Union franco-allemande disaient même des figures des deux pays, avait commencé de germer il y a tout juste un an. A l’époque, la France et l’Allemagne se retrouvaient. Après une décennie de froid grandissant, de difficultés à s’adapter à la nouvelle situation créée par l’unification allemande, elles s’étaient décidées à redonner un élan à leur tandem. Tout les y poussait. Non seulement le quarantième anniversaire du Traité de l’Elysée, de la grande réconciliation scellée par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, approchait, non seulement il fallait pouvoir fêter l’événement mais l’Union européenne allait s’élargir. Il fallait la doter de nouvelles institutions. Chacun savait, dans toutes les capitales de l’Union, que cela demandait un accord préalable de Paris et Berlin. Le Président de la République et le Chancelier étaient attendus au tournant. C’est leur prestige et l’autorité de leurs pays qui étaient en jeu et c’est ainsi qu’ils avaient défini, en moins de trois mois, l’essentiel des compromis sur lesquels s’est bâti, au printemps dernier, le projet de Constitution de l’Union. La France et l’Allemagne avaient redonné une impulsion à l’Europe et comme, parallèlement, elles bataillaient ensemble, contre les Etats-Unis, pour tenter d’empêcher le déclenchement de la guerre d’Irak, elles se sont soudain découvertes en si profond accord sur tout, mêmes ambitions, même difficultés, même potentiel, qu’elles n’avaient plus qu’une envie, continuer sur cette lancée. Depuis un an, la France et l’Allemagne se sentent si bien côte à côte qu’elles ne veulent plus se quitter, s’épaulent, agissent de concert et parlent l’une pour l’autre. C’est comme cela que cette idée d’union, de fait ou de droit, est née et quand, au début de l’été, la Pologne et l’Espagne ont déclaré qu’elles s’opposeraient jusqu’au bout au projet de Constitution, quand l’ombre du blocage s’est profilée, la réaction ne s’est pas fait attendre. A Paris comme à Berlin, on a grommelé, de plus en plus fort, que bon, très bien, l’Union resterait dans ces conditions un Marché commun au sein duquel, l’Allemagne, la France et tous ceux qui le voudraient, formeraient une union politique. Au départ, cela relevait plus du mouvement d’humeur que d’autre chose mais cela semblait si crédible, cela constituait un tel moyen de pression sur les autres Européens, que les deux capitales ont laissé s’accréditer cette rumeur. L’idée était devenue une arme mais cette arme était si réelle que plusieurs capitales, Madrid et Varsovie surtout, ont fini par la retourner contre la FrancAllemagne en en faisant la preuve des ambitions hégémoniques, « unilatéralistes », disent les Polonais, de Paris et Berlin. Il était temps de calmer le jeu et c’est pourquoi Jacques Chirac vient de faire dire, mais avec une pointe d’ambiguïté, que cette Union à deux « ne faisait pas partie de la phase d’intense concertation » franco-allemande.

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