Tony Blair était, vendredi, l’invité du nouveau service anglophone de la chaîne de télévision pan-arabe Al-Jazira. La guerre d’Irak, lui lance l’interviewer, « a plutôt été jusqu’à présent un désastre » et le Premier ministre de répondre « Ca l’a été mais… ». Il y avait un « mais » mais la Grande-Bretagne n’a retenu que ces trois mots, « ça l’a été », « it has », que l’on pourrait aussi rendre par un simple « oui » et, depuis, les journaux claironnent « il l’a dit, il l’a dit » tandis que les conservateurs estiment que cet acquiescement souligne la nécessité d’une enquête parlementaire sur les conditions dans lesquelles la Grande-Bretagne est entrée en guerre et que les libéraux-démocrates estiment que le Parlement et le peuple britanniques ont droit à des excuses pour ce qui s’avère donc être un désastre, de l’aveu même du Premier ministre. L’honnêteté commande en fait de reconnaître que Tony Blair, comme le martèlent ses porte-parole, n’a pas prononcé ce mot Il a simplement négligé de contredire son interviewer avant de donner sa propre explication de la situation. « Ca l’a été mais ce n’est pas difficile en raison d’une quelconque erreur de planification, a-t-il dit. C’est difficile parce qu’il y a une stratégie délibérée – d’al-Qaeda et des insurgés sunnites d’un côté, d’éléments soutenus par l’Iran dans les milices chiites de l’autre – de créer une situation dans laquelle la volonté de paix majoritaire est contrariée par une volonté de guerre minoritaire ». Voilà ce qu’a vraiment dit le Premier ministre qui n’a nullement reconnu que sa décision d’intervenir en Irak aux côtés des Etats-Unis était, en elle-même, un désastre mais au-delà de cette querelle de citation, y a-t-il, sur le fond une vraie différence entre le propos de Tony Blair et ce qui lui est prêté à tort ? Il n’y en a, en réalité, aucune car personne n’a jamais prétendu que l’idée d’aller renverser Saddam Hussein aurait, en elle-même, été désastreuse. Ce que tous les opposants à cette aventure faisaient valoir est qu’un renversement de Saddam par des armées étrangères donnerait le pouvoir à la majorité chiite, pousserait fatalement les sunnites à la révolte, que l’unité irakienne en serait menacée, que cela créerait les conditions d’une guerre civile, que l’Iran serait seul à en profiter et que cela ouvrirait, alors, la voie à une guerre régionale entre sunnites et chiites. C’est exactement ce qui se passe et ce « mais » de Tony Blair n’avait ainsi pas la moindre raison d’être. Il se passe ce qui devait se passer, ce que les plus clairvoyants avaient vu et que les aveugles, Tony Blair et Georges Bush, n’avaient pas voulu voir malgré les mises en garde de tant de pays dont la France et l’Allemagne. Tony Blair ne l’a pas reconnu mais en ne protestant pas contre ce qui lui était dit, contre ce mot si justifié de « désastre », il a admis qu’il lui était difficile de le contester. C’est si vrai que Georges Bush lui-même ne le fait plus.

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